Bioarchive

5.Tourisme & Paysages

Algérie FiguigL'impact du tourisme sur l'histoire des paysages méditerranéens

Illustration: La promotion des paysages oasiens au travers des affiches touristiques de l’époque coloniale.

Les civilisations méditerranéennes sont dès leur origine des civilisations urbaines. La ville est au centre des territoires, avec ses marchés, ses ports et ses réseaux routiers. Les rapports étroits liant villes et campagnes ont conditionné jusqu'à nos jours l'histoire de ces sociétés, en instaurant un modèle d'une grande stabilité. Héritage de la Renaissance italienne, la tradition du jardin paysager allait inaugurer de profondes métamorphoses au tournant des 19° et 20° siècles. Elles sont liées à l'apparition des premières destinations touristiques méditerranéennes et des nouveaux modèles d’urbanisme qu'elles impulsent. Les introductions massives de plantes exotiques ont elles aussi  joué un rôle important dans ce renouveau des représentations du territoire. Ces phénomènes concernent désormais l’ensemble des espaces urbains avec le développement universel de la villégiature touristique et des préoccupations paysagères qui  l’accompagnent. Ces nouvelles formes d’appropriation de l'espace impactent de plus en plus par ailleurs le monde rural, suite à l'émergence de l'écologie, des Parcs Naturels et d’une mondialisation qui pose de nouveaux défis relatifs à l'articulation entre espaces urbains et péri-urbains.
 
SOMMAIRE
 
5.1 De l'espace vécu à l'espace perçu. Les villes concentrent désormais l'essentiel de la population de la planète. Cette extension généralisée du mode de vie urbain s'est accompagnée d'un changement d'attitude par rapport au paysage. De moins en moins vécu comme cadre de vie, il est devenu 'paysage-spectacle', objet de loisirs et de contemplation. Ces évolutions modernes ont eu pour conséquence le développement d'une sensibilité que l'on pourrait qualifier 'd'esthétisante'. L'accélération du rythme de ces changements a par ailleurs généré des phénomènes de saturation, se traduisant par une incapacité croissante d'adaptation des individus et des groupes. Ils résultent tout autant de causes objectives que d'une méconnaissance des processus de transformation des paysages, empêchant la perception et la maîtrise de ces évolutions. Un paysage perçu comme 'dégradé' est en fait un paysage en transition, dont les évolutions non maîtrisées entraînent une crise des représentations. Nos recherches s’efforcent, au travers d’études de terrain et du recueil de témoignages contemporains, de comprendre les difficultés à concilier tradition et modernité, impératifs de rentabilité et sauvegarde du patrimoine, auxquelles sont confrontées les politiques actuelles de l'environnement.
En savoir plus: espace-vecu/percu
*Villégiature et urbanisme de stations.
*Aux sources de l'écologie.
*Espaces verts urbains et péri-urbains.
 

5.2 Tourisme & Exotisme. Nos travaux concernent plus spécifiquement l'histoire du tourisme sur la Riviera italienne et sur la Côte d'Azur. Ces régions sont en effet un foyer historique majeur en matière de développement de la villégiature touristique et de ses infrastructures. Nos recherches portent sur l’impact des représentations paysagères de l’espace vécu dans l’appropriation identitaire des territoires, ainsi que sur les modalités concrètes qui accompagnent leurs évolutions jusqu’à nos jours. La dialectique ville/campagne reposait jusqu'à très récemment sur des conceptions issues des traditions bibliques, dans les pays dits 'développés', les premiers à avoir connu le phénomène de l'exode rural. Le 'mythe pastoral' oppose en effet depuis le moyen-âge la 'bonne campagne' à la 'mauvaise ville'. Avec la modernité, l’image dialogue désormais en permanence avec le paysage, au travers de la figure anthropologique de l’exotisme et de l’universalisme de ses avatars contemporains.
En savoir plus: exotisme/orientalisme
*Orientalisme & colonialisme.
*Exotisme & paysages.
*Tourisme & villégiature. 
*Bibliographie Sommaire
 

5.3 Urbi et Orbi. Les groupes humains ne sont pas uniquement rattachés à leur lieu de résidence, mais à l’ensemble géographique plus vaste des espaces avec lesquels ils sont en relation. Ces interactions spatiales complexes reposent sur des facteurs objectifs, basés essentiellement sur la complémentarité économique, mais aussi sur des représentations subjectives qui relèvent de l’ostentation, voire de la cosmologie. La ville est de ce point de vue un espace social central, produit par ces mêmes groupes humains au travers des pratiques et des institutions qui l'organisent et la mettent en valeur. Ses principales fonctions relèvent de l’habitat, des échanges commerciaux et culturels, de la cohésion sociale notamment militaire ou religieuse, ou encore du partage et de l’exploitation administrative des ressources. Pour l’anthropologie, la ville (et plus particulièrement peut-être la ville méditerranéenne) est donc une scène, où se laissent appréhender les stratégies des acteurs et les idéologies et les croyances dont ils se réclament.
En savoir plus: Urbi&Orbi
*Agora & Marchés.
*Prospect & Ostentation.
*Friches & Périphéries.