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5.3 Urbanisme et anthropologie

Les villes concentrent désormais l'essentiel de la population de la planète et ces évolutions remettent en cause les anciens modèles. La dialectique qui oppose espace public et espace privé est un élément majeur pour comprendre la dynamique d’une société. L’anthropologue Abraham Moles estimait à ce propos que tout espace social possède un double caractère, à la fois sociofuge et sociopète. Cette double dimension permettrait selon lui de favoriser le contact entre les individus tout en maintenant les distances entre les groupes sociaux. Les rues, les places, les commerces sont des institutions majeures de l’espace urbain qui illustrent plus particulièrement la fonction sociale de l’urbanité qui apporte aux acteurs sociaux en les insérant dans des réseaux plus vastes.

Urbanisme & anthropologie : l’espace de la rue. La dialectique qui oppose espace public et espace privé est d’autant plus importante dans les villes, lieux de brassages par excellence au travers de leurs rues, de leurs places et de leurs modes de déplacement. Les études de la foule comme phénomène sociologique abordent rarement les interactions entre passants dont ces espaces sont le cadre. L’espace urbain de la rue est tout d’abord dépourvu des obligations de civilité de la vie villageoise. Une même forme d’anonymat concerne les maisons et les immeubles qui la bordent. La gestion de cet espace est devenue de nos jours l’enjeu permanent de tensions entre les acteurs publics et privés.

Urbanisme & anthropologie : essai de typologie du commerce en milieu urbain. En tant qu’espace privé ayant pour vocation d’être ouvert au public, le commerce représente l’un des lieux principaux de transition entre ces deux sphères centrales de la vie sociale. Institution majeure de l’espace urbain, le commerce illustre plus particulièrement cette fonction de centralité et les avantages qu’elle apporte aux acteurs sociaux en les insérant dans des réseaux plus vastes. L’analyse de ses évolutions récentes met en évidence son importance comme marqueur de l’espace urbain. Cette dimension urbaine du commerce remonte à une très haute antiquité. Ses formes modernes impactent toujours les sociétés contemporaines dans un nouveau contexte, celui de la mondialisation. Au travers de leur présence visuelle dans l’espace public, les commerces jouent ainsi un rôle central dans l’identité de l’espace urbain. Il en va de même en matière de sociabilité et de convivialité.

Urbanisme & anthropologie : jardins prives et espaces verts. Les espaces verts urbains représentent l’un des lieux de médiation entre les deux pôles de la vie sociale que représentent les espaces publics et privés. Les espaces verts sont une invention récente en matière d’urbanisme, à la différence des jardins privés beaucoup plus anciens. Ces derniers ont toutefois connu un développement sans précédent avec l’essor de l’urbanisme pavillonnaire. Ils possèdent plusieurs dimensions, une dimension ostentatoire héritée de leur caractère originellement nobiliaire, une dimension hygiéniste qui remonte au 19ème siècle et une dimension traditionnelle et populaire issue de la ruralité. Les études des interactions entre espaces verts et jardins privés sont relativement rares. Les standards des espaces verts urbains sont par contre mieux connus.

Urbanisme & anthropologie : les cimetières. Le cimetière est un lieu de transition entre l’espace privé et l’espace public, en tant que lieu de sociabilité ouvert sur la ville tout en abritant l’intimité des familles et des communautés. Les cimetières apparaissent au début du 19ème siècle en Europe sous leur forme moderne, qui répondait aux impératifs hygiénistes de l’époque. Ils fournissent tout d’abord des informations intéressantes sur la généalogie et la structure sociale d’une société. Outre leur importance sociale, les cimetières possèdent aussi une valeur historique et artistique. Généralement aménagés et parfois paysagés, ils renferment par ailleurs des œuvres d’art monumentales comme des formes originales d’art de tradition populaire. Le rôle des entreprises funéraires est fondamental en matière de standardisation des modèles, voire aussi par leur impact sur le déroulement des rituels civils ou religieux. Il en va de même de l’intervention des pouvoirs publics en matière d’aménagement. La scénographie d’un cimetière va dès lors se composer d’éléments codifiés, offrant et préservant dans le même temps une forme limitée d’intimité. Le monument funéraire s’apparente désormais à un dispositif de médiation entre espace privé et espace public d’un grand intérêt.

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