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2.3 Jardin Expérimental Phoenix (Bordighera)

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Monet 1884. The Valley of Sasso BordigheraIll. Palmeraie de Bordighera par Claude Monet (1884)

Le jardin PHOENIX compte plusieurs centaines de palmiers, exclusivement de la variété dattière des oasis africaines et orientales. Il décline toutes les nuances de verts, avec l'introduction sous le couvert des arbres de deux étages de végétation, arbustive et herbacée, inspirée du modèle oasien. Le Jardin Phoenix est un jardin expérimental qui a pour objectifs la conservation et la valorisation de l’ensemble du site. Il s’agit du dernier jardin traditionnel de la région (il remonte au XVI° siècle). Les palmes produites à Bordighera étaient vendues pour l’essentiel à l’ensemble des communautés juives européennes depuis la fin du moyen-âge. Une importante production d’agrumes existait aussi dans cette palmeraie atypique, dont le peintre impressionniste Claude MONET a rendu compte dans plusieurs tableaux, visibles à cette adresse: listephoenix.com

 
jardin-phoenix-detailGEOGRAPHIE
Située à 43° 47', la palmeraie de Bordighera est la plus septentrionale des palmeraies de dattiers, Phoenix dactylifera. Ses origines et son histoire botanique, ainsi que ses pratiques culturelles et culturales, demeurent mal connues, parce que peu étudiées. Selon la légende locale, c'est à l’anachorète et forgeron saint Ampèle (sant'Ampelio), le saint patron de la ville, que l'on devrait l’introduction des palmiers au IV° siècle dans la région. La palmeraie actuelle est attestée à la fin du moyen-âge, à l’époque de la création du village. Largement diffusés par les promoteurs des stations touristiques naissantes, ses palmiers devinrent dès lors le symbole de la Côte d'Azur, dont la promenade des Anglais de Nice sera le plus prestigieux ambassadeur. Une grande partie des palmiers de la Promenade niçoise provient d’ailleurs de la palmeraie de Bordighera.
 
jardin-phoenix-bordighera-recolte-des-palmes-1873HISTOIRE
Nous sommes à la fin septembre, mais le soleil est encore brulant. Un homme âgé, portant un lourd manteau noir, monte péniblement les escaliers qui conduisent au village. Sa barbe blanche et son grand chapeau ne sont pas sans attirer l’attention lorsqu’il parvient à la porte du rempart. Assis de part et d’autre de l’étroite ruelle, des hommes taciturnes le saluent respectueusement. Une vieille femme, elle aussi tout de noir vêtue, le bénit du signe de la croix. Arrivé devant l’église de Marie Madeleine, il reste un instant songeur devant le portrait de cette autre juive, venue ici il y a deux mille ans, fuyant la Terre Sainte à bord d’une frêle embarcation. Il lui revient alors en mémoire ces années de guerre, où encore jeune homme il se trouvait sur la plage de la palmeraie, par un matin gris et pluvieux, à l’abri des serres Allavena. Un groupe de juifs attend la barque qui doit les amener de l’autre côté de la frontière, afin d’échapper à ce pays où le fascisme venait de promulguer les lois raciales. La fraicheur et le bruit de l’eau interrompent brutalement sa rêverie. Il était arrivé au canal du Beodo, où les lavandières s’affairaient bruyamment. Il entra alors dans le magazzino. A l’intérieur un vieux paysan l’attendait, en compagnie d’un enfant timide et curieux. Le paysan avait sorti de la cave des boites remplies de loulavim et l’examen minutieux de la récolte allait commencer. A la fin de la matinée, plutôt satisfait de la production et des conditions financières qu’il avait obtenues, le rabbin se rendit à la gare. Il lui fallait à nouveau franchir cette frontière car on ne trouvait pas de nourriture cachère en Italie. Arrivé à Vintimille, les clandestins qui erraient autour du poste frontière le ramenèrent au souvenir des années d’exil. Ils envisageaient probablement d’emprunter le sentier dit du Pas de la Mort, comme tant de juifs de ses amis l’avaient fait avant eux. Des ouvrières qui sentaient le poisson rentraient en riant et en s’interpellant des conserveries de la Principauté de Monaco. La nostalgie le reprit car il savait que ce voyage serait le dernier d’une longue histoire familiale. Il était temps de songer à partir à présent, en direction de la Suisse, puis de l’Allemagne et de l’Angleterre, pour négocier la vente de la production de cette année, car les fêtes de Soukkhot approchaient à grands pas.
 
Ligature juive des palmiers a SanremoTEMOIGNAGES
A peine romancé, ce texte est le portrait du dernier négociant de palmes tel que nous l’a rapporté Franco Palmero, l’un des derniers témoins de la tradition juive des palmes à Bordighera. Au travers de ce précieux témoignage, émergent les principales dimensions patrimoniales du site de la palmeraie historique et plus particulièrement l’importance du canal d’irrigation (aujourd’hui promenade) du Beodo. Franco Palmero a en effet connu la centaine de jardins de palmiers de Bordighera du fait qu’il accompagnait son père pour y récolter les palmes, mais aussi parce que son père était le gestionnaire des eaux. Il distribuait alors l’eau du canal aux diverses propriétés à tour de rôle, en ouvrant les trappes de dérivation qui alimentaient les bassins de chaque parcelle. Ces bassins sont encore bien visibles dans l’ensemble de la palmeraie. Les palmiers témoignent eux-aussi de cette tradition séculaire. La récolte des palmes était une opération difficile et périlleuse car il s’agissait d’accéder au cœur du palmier, pour en couper les jeunes feuilles non encore ouvertes. Pour que les loulavims soient kaschers, il est en effet nécessaire que leur extrémité ne soit en aucun cas détériorée. Il fallait pour cela, plusieurs mois auparavant, monter sur ces mêmes arbres pour lier les palmes en forme de bouquet. Il s’agissait d’une ligature assez lâche, seulement destinée à protéger les jeunes pousses pendant leur croissance. Franco Palmero nous rapporte à ce propos que les cultivateurs avaient élaboré une classification des palmiers, basée sur la forme de leur feuillage, afin de repérer par avance les arbres susceptibles de produire des feuilles acceptables en matière de Kashrout. Pour simplifier, il s’agit de palmiers dont les feuilles sont plutôt courtes et le port érigé. Nous avons récemment codifié ce savoir paysan, avec une description dite morphométrique de ces palmiers et nous les avons même modélisés grâce à des techniques tridimensionnelles.
 
ACTUALITE
Des 15000 palmiers dattiers du site historique, il n’en reste de nos jours qu’un millier. Si la grande majorité des jardins ne possèdent plus de palmiers, le parcellaire est toutefois protégé et l’architecture du site demeure bien visible. Il s’agit en effet d’une architecture de terrasses particulièrement spectaculaire qui domine la mer dans un environnement encore relativement préservé de la spéculation immobilière. Deux jardins remarquables de palmiers peuvent par ailleurs être visités, de part et d’autre de l’embouchure du vallon, le Parc Winter et la Villa Garnier. En 2008, le dernier jardin traditionnel de la palmeraie historique est devenu un Jardin Expérimental, à notre initiative et grâce au soutien de ses propriétaires. Désormais inséré dans les réseaux oasiens, dans le cadre du Projet Phoenix, il a fait récemment l’objet d’une réhabilitation axée sur la biodiversité.
 
 

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