Bioarchive

2.3 Bordighera judaica

Une mémoire juive en déshérence
Sommaire
1. Bordighera et les palmes juives: 5 siècles d'histoire et d’échanges entre Juifs et Chrétiens
2. Raphael Bischoffscheim & Charles Garnier: architecture, science & villégiature entre Bordighera, Monte-Carlo et Nice
3. Le peintre impressionniste Pompeo Mariani et le jardin Moreno de Bordighera, ancêtre des jardins botaniques de la Riviera
4. Maria Vittoria Rossi, dite Irene Brin, journaliste, écrivain, galeriste et modiste : de Trieste à Bordighera
5. Actualités de la palmeraie historique 
6. Bibliographie sommaire
7. Cartographie interactive
Citer cet article: CASTELLANA R., VEZIANO P. 2016. Bordighera Judaica: une mémoire juive en déshérence. Bioarchive (Revue en ligne), CRP Ed. Version PDF 2016
En savoir plus sur nos recherches
C’est dans les années 1990 que nous avons recueilli (dans la palmeraie historique de Bordighera) les témoignages de cultivateurs et de courtiers (ces derniers étant des rabbins). Ces témoignages concernaient la production de plantes destinées à des usages rituels lors de la fête juive des Cabanes. Autrefois vendues dans l’ensemble de l’Europe, ces productions étaient alors abandonnées mais bien vivantes dans la mémoire collective. Nous avions organisé à cette époque une exposition sur ce sujet au Musée du Palais Lascaris à Nice. Dix ans plus tard, nous avons été contactés par des botanistes et des biologistes, lesquels nous ont proposé de codifier ce savoir paysan en employant des méthodes scientifiques alliant morphologie et génotypage. Ces recherches ont donné lieu à de nombreuses publications dans le cadre du Projet Phoenix. A la même époque, nous avons initié une collaboration avec des historiens italiens qui travaillaient sur l’histoire des Lois Raciales dans cette région. Elle nous a conduit à nous interroger sur l’amnésie collective qui a fait disparaitre les Juifs de l’histoire locale. Nous avons découvert ainsi l’existence d’une mémoire des lieux, que nous avons intitulé "Bordighera Judaica", au travers des jardins historiques encore présents sur le site. Nous fédérons depuis cette date nos jardins avec deux manifestations annuelles consacrées au patrimoine européen, les Journées du Patrimoine et les Rendez-vous-aux Jardins, et leur inscription dans le réseau de Jardins Botaniques Riviera Gardens.
Liens vers nos publications :
*La tradition juive de souccot & la palmeraie historique de Bordighera
*La botanique rituelle juive & le palmier
*La botanique rituelle juive & le cédrat
*Bordighera judaica: lieux de mémoire & mémoire des lieux
 
Walter Benjamin Bordighera 1. Bordighera et les palmes juives : 5 siècles d'histoire et d’échanges entre Juifs et Chrétiens
Ill. Walter Benjamin né à Berlin de parents allemands de confession juive, Émile Benjamin (banquier puis antiquaire et marchand d'art) et Pauline née Schoenflies. Benjamin séjourna à Sanremo à l'époques des Lois Raciales. Son épouse, connue pour sa tentative de synthèse entre théologie juive et marxisme, gérait alors la pension Villa Verde située dans le quartier de Foce. De ce séjour, il conserva le souvenir de l'esprit cosmopolite et universaliste de cette ville, dont la vivacité culturelle et la mondanité ont marqué les nombreux artistes, hommes de culture ou d'affaires et diplomates juifs qui séjournèrent ici. La communauté juive de Sanremo disposait de plusieurs synagogues, de centres de culture juive et d’hôtels.
Située en Italie, à la frontière de la France et de la Principauté de Monaco, la ville de Bordighera occupe une place particulière dans l’histoire de la mémoire juive. Dans cette région les lois raciales de 1938 et la tragédie de la Shoah ont effacé les traces humaines et matérielles de la présence des Juifs, comme dans une grande partie de l’Europe. La mémoire juive survit pourtant dans l'ancienne palmeraie de Bordighera. Immortalisée par une riche iconographie (notamment par les tableaux que Claude Monet a réalisés ici en 1884), cette palmeraie atypique est la plus septentrionale des palmeraies de dattiers. Elle a compté jusqu’à plus de 13.000 arbres, destinés essentiellement à la production de feuilles de palmiers pour les fêtes rituelles juives du Nouvel An. Quatre jardins historiques patrimoniaux témoignent encore de cette histoire qui a mis en contact Juifs et Chrétiens pendant plus de 5 siècles. Ils sont liés à l’histoire de la diaspora juive à des titres divers et des périodes différentes.
 
Monet 1884. The Valley of Sasso BordigheraLieux de mémoire & mémoire des lieux : le Jardin Expérimental Phoenix
Ill. la palmeraie historique de Bordighera dépeinte par Monet en 1884, un paysage conservé à l'identique dans le Jardin Expérimental du vallon du Sasso
La présence de marchands juifs d'Europe centrale, venant à Bordighera et Sanremo pour acheter des palmiers et des cédrats pour la fête de Souccot, est documentée dès 1435. A cette époque, des règlements rigoureux encadraient ce commerce. Pendant des siècles, les terrasses ombragées de la palmeraie ont ainsi été les témoins, muets, de la rencontre entre les antiques traditions: celles des agriculteurs avec l'expertise d'un travail difficile et dangereux traditionnellement héritée de leurs ancêtres; et celles des marchands juifs avec leur parfaite connaissance des normes rituelles. C’est au XIX° siècle, que ce commerce de plantes rituelles a connu sa période d'expansion maximale. L’arrivée du chemin de fer a contribué de manière importante à cette évolution, en résolvant les problèmes liés de longue date au transport des productions. Dans la seconde moitié du XX° siècle, la baisse de rentabilité du commerce et la reconversion à une floriculture plus rentable ont conduit à un abandon inexorable de la palmeraie. Les dernières familles de cultivateurs ont maintenu les activités de culture et de taille (dites "à la juive") des palmiers jusqu’à la fin des années 1980. Après 500 ans de présence et de négoce national et international, la riche page d'histoire des palmiers juifs prenait fin. Situé sur le sentier du Beodo, dans la partie haute de la vielle ville, le Jardin Expérimental Phoenix compte plusieurs centaines de palmiers. Il s’agit du dernier jardin traditionnel de palmiers dattiers existant dans la région (il en existait une centaine). Remontant à la fin du moyen-âge, ce jardin est aussi l'un des plus anciens jardins historiques en Europe. Un groupe de passionnés, chercheurs et bénévoles, s’efforce de sauver ce lieu enchanteur de l'abandon et de la dégradation. Il se bat plus particulièrement pour lutter contre la menace mortelle due au charançon rouge, et plus largement pour faire connaître et mettre en valeur l’ensemble de la palmeraie historique. Il ne reste en effet qu’un millier de palmiers dattiers (pour la plupart des spécimens en fin de vie) dans la palmeraie historique de Bordighera.

Ligature juive des palmiers a SanremoAux origines de la palmeraie historique de Bordighera : la production des loulavim pour la fête de Souccot (témoignages)
Ill. culture de palmiers pour la production des "loulavims"
Nous sommes à la fin septembre, mais le soleil est encore brulant. Un homme âgé, portant un lourd manteau noir, monte péniblement les escaliers qui conduisent au village. Sa barbe blanche et son grand chapeau ne sont pas sans attirer l’attention lorsqu’il parvient à la porte du rempart. Assis de part et d’autre de l’étroite ruelle, des hommes taciturnes le saluent respectueusement. Une vieille femme, elle aussi tout de noir vêtue, le bénit du signe de la croix. Arrivé devant l’église de Marie Madeleine, il reste un instant songeur devant le portrait de cette autre juive, venue ici il y a deux mille ans selon la légende locale, fuyant la Terre Sainte à bord d’une frêle embarcation. Il lui revient alors en mémoire ces années de guerre, où encore jeune homme il se trouvait sur la plage de la palmeraie, par un matin gris et pluvieux, à l’abri des serres Allavena. Un groupe de juifs attend la barque qui doit les amener de l’autre côté de la frontière, afin d’échapper à ce pays où le fascisme venait de promulguer les lois raciales. La fraicheur et le bruit de l’eau interrompent brutalement sa rêverie. Il était arrivé au canal du Beodo, où les lavandières s’affairaient bruyamment. Il entra alors dans le magazzino. A l’intérieur un vieux paysan l’attendait, en compagnie d’un enfant timide et curieux. Le paysan avait sorti de la cave des boites remplies de loulavim et l’examen minutieux de la récolte allait commencer. A la fin de la matinée, plutôt satisfait de la production et des conditions financières qu’il avait obtenues, le rabbin se rendit à la gare. Il lui fallait à nouveau franchir cette frontière car on ne trouvait pas de nourriture cachère en Italie. Arrivé à Vintimille, les clandestins qui erraient autour du poste frontière le ramenèrent au souvenir des années d’exil. Ils envisageaient probablement d’emprunter le sentier dit du Pas de la Mort, comme tant de juifs de ses amis l’avaient fait avant eux. Des ouvrières qui sentaient le poisson rentraient en riant et en s’interpellant des conserveries de la Principauté de Monaco. La nostalgie le reprit car il savait que ce voyage serait le dernier d’une longue histoire familiale. Il était temps de songer à partir à présent, en direction de la Suisse, puis de l’Allemagne et de l’Angleterre, pour négocier la vente de la production de cette année, car les fêtes de Soukkhot approchaient à grands pas. A peine romancé, ce récit est le portrait du dernier négociant de palmes tel que nous l’ont rapporté les rares témoins encore vivants de la tradition juive des palmiers à Bordighera. Au travers de ces témoignages, émergent les principales dimensions patrimoniales du site de la palmeraie historique et plus particulièrement l’importance du canal d’irrigation (aujourd’hui promenade) du Beodo. Un gestionnaire des eaux distribuait alors l’eau de ce canal aux diverses propriétés à tour de rôle, en ouvrant les trappes de dérivation qui alimentaient les bassins de chaque parcelle. Ces bassins sont encore bien visibles dans l’ensemble de la palmeraie. Les paysans de Bordighera fournissaient par ailleurs (dès la fin du moyen-âge) les trois autres plantes de la fête rituelle juive de Souccot, le myrte "à trois feuilles", le saule et le cédrat. La palmeraie historique a donc aussi contribué à l’introduction des agrumes dans la région. En savoir plus: Jardin Expérimental Phoenix
 
Raphael Bischoffsheim Bordighera2. Raphael Bischoffscheim & Charles Garnier: architecture, science & villégiature entre Bordighera, Monte-Carlo et Nice
A quelques centaines de mètres en contrebas de la vieille ville, la tour blanche de la villa du banquier d’origine juive hollandaise, Raphael Bischoffsheim, domine la Via Romana où se trouvaient les principaux hôtels et villas de la station touristique de Bordighera. Dénommée aujourd’hui Villa Etelinda, la demeure a été construite en 1875 par l'architecte Charles Garnier, sur le même modèle que la demeure où il résidait dans la palmeraie historique. Elle possède une structure largement ouverte sur le paysage, avec sa tour belvédère, ses loggias, ses terrasses panoramiques et le vaste jardin qui l‘entoure réalisé par le paysagiste Ludwig Winter. Omniprésente dans l'iconographie, cette villa et ses nombreux palmiers ont été dépeints par Monet dans "Les Villas à Bordighera", dont l'un des quatre exemplaires est conservé au Musée d'Orsay à Paris.
La Villa Etelinda et son jardin : un patrimoine en déshérence
Charles Garnier était très lié à Raphael Bischoffsheim, qui l’avait sollicité pour édifier à Bordighera un Observatoire Astronomique de premier plan. Mécène passionné par l’astronomie, Bischoffsheim a soutenu et impulsé la construction des observatoires du Puy de Dôme, du Mont Ventoux, du Pic du Midi de Bigorre, de Paris et du Mont Blanc. Pour des raisons qui demeurent obscures, la municipalité de Bordighera refusa ce projet, et Bischoffsheim n’habita pratiquement pas sa villa, qu’il mit en location puis en vente. Il se transféra en effet dès 1880 à Nice, après avoir obtenu la nationalité française, et c’est dans dans la capitale azuréenne qu’il réalisa avec Garnier son projet d’Observatoire Astronomique, auquel a aussi collaboré Gustave Eiffel. Principal architecte de l'époque, avec la construction de l’Opéra de Paris puis de Monte Carlo, le français Charles Garnier, occupe une place particulière parmi les touristes qui fréquentent les premières stations de villégiature de la Riviera. Comme la plupart de ces touristes, Charles Garnier s'est installé à Bordighera pour les vertus que la médecine de l'époque prêtait à son climat, censé soigner la tuberculose dont était atteint son fils. Il joua un rôle majeur dans la conservation du paysage de la palmeraie historique, où il fit construire sa villa au milieu du couvert végétal originel de palmier dattiers. Charles Garnier a aussi financé de nombreux projets sur le territoire communal, dont l’Hôtel de Ville, l’Eglise de Terra Santa ou encore une école publique.

L’Observatoire Astronomique de Bordighera : une occasion manquée
L’Observatoire Astronomique de la Côte d’Azur, actuellement géré par le CNRS, se compose de 8 bâtiments principaux :
* Le cadran solaire. Ce bâtiment était autrefois une écurie. Datant de la création de l’Observatoire par Bischoffsheim, il abritait deux chevaux qui permettaient aux familles d’aller en ville et aux enfants de se rendre à l’école.
* L’Astrographe. Ce bâtiment a été installé en réparation des dommages causés par la 1ère guerre mondiale. Il renferme un astrographe double de Zeiss, destiné à la recherche de petites planètes ou de comètes.
* Le Petit Equatorial. C’est la 2ème coupole en importance de l’observatoire. Elle mesure 13,20 m de diamètre et abrite une lunette astronomique. Charlois l’utilise dès sa mise en service en 1883 et découvre de nombreuses petites planètes.
* L’Equatorial Coudé. L’équatorial coudé est un instrument qui sert à la recherche des comètes. Il en existe 4 au monde et celui-ci est le seul encore en fonctionnement. Comme la lunette bouge autour de son axe, l’utilisateur n’a pas à changer de position, ce qui permet de mettre des récepteurs lourds à l’oculaire. Il a permis à l’un des premiers utilisateurs de cet instrument, Michel Giacobini, de découvrir une comète (qui porte son nom) laquelle est responsable d’une pluie d’étoiles filantes annuelle appelées les Giacobinides.
* La Coupole Schaumasse. Construite vers 1930 pour compenser les dommages de guerre causés par les Allemands, elle abritait un chercheur de comètes. Par la suite, elle a était munie d’une chambre photographique qui suivait les satellites artificiels puis d’un télescope de 40 cm.
* Le Grand Méridien. Construit en 1885, il possède 2 toits mobiles, à ouverture zénithale (Nord-Sud). Il abritait un cercle méridien, instrument de 20 cm de diamètre et de 3,20 m de distance focale, construit par les frères Brunner. Les instruments méridiens permettent d’observer les astres à leur passage au méridien et de mesurer leur distance zénithale. Leurs bâtiments orientés nord-sud, sont associés à des mires pour aligner les instruments dans l’axe méridien.
* Le Petit Méridien. Il abritait en 1881 un petit cercle Gautier. Cet instrument (qui avait un objectif de 7 cm de diamètre pour 80 cm de distance focale) a permis de mesurer la latitude et la longitude du Mont Gros. Il a été détruit par la foudre en 1928. En face de l’Equatorial Coudé, se trouve la borne qui servait à aligner l’instrument sur l’axe méridien.
* Le Grand Equatorial. C’est le bâtiment le plus important du site. Il est construit en pierre de taille de la Turbie avec une porte d’entrée monumentale décorée d’une statue de bronze représentant Apollon sortant du zodiaque, œuvre de Bayard de la Vingterie. La coupole mesure 24 m de diamètre. Elle a été conçue par Gustave Eiffel. Elle abrite une lunette de 76 cm de diamètre et de 18 m de long, construite par Gautier et dont les optiques sont dus aux frères Henry. A l’origine, la coupole flottait sur une cuve circulaire remplie d’une solution de chlorure de magnésium, ce qui rendait sa mise en mouvement plus facile pour l’utilisateur.
* Les sentiers de Garnier. L’ensemble du site est parcouru de sentiers pavés de galets blancs, appelés «chemins Garnier». Ils permettaient de se rendre de nuit, sans lumière perturbatrice, dans les bâtiments d’observation ou d’habitation ou à la bibliothèque. Garnier avait déjà édifié des sentiers de ce type dans sa villa de Bordighera où ils sont encore visibles mais extrêmement dégradés. PS. Nous remercions le CNRS et l’Observatoire Astronomique de la Côte d’Azur, pour les informations rassemblées dans cet article.
 
Pompeo Mariani Bordighera3. Le peintre impressionniste Pompeo Mariani et le jardin Moreno de Bordighera, ancêtre des jardins botaniques de la Riviera
Ill. le peintre impressioniste Pompeo Mariani
Lorsque les premiers touristes découvrent Bordighera, ils sont accueillis dans un jardin d’acclimatation de 80 hectares, le jardin Moreno, propriété d'un négociant en huiles qui rapporte des plantes de ses voyages commerciaux. La Villa Mariani est une relique de cet ancêtre des jardins exotiques de la région. Elle est située au cœur d'un parc d’un hectare, composé d’espèces très anciennes d’agrumes, d’oliviers et de palmiers. Palmiers nains et oliviers centenaires lui donnent une tonalité vert de gris omniprésente, animée par de petites fontaines et vasques. Claude Monet a réalisé ici plusieurs tableaux, dont ont été déterminés les emplacements quasiment inchangés: Jardin à Bordighera, Impressions du matin (1884), Vues de Vintimille (1884) et Étude de plantes d'olivier (1884).*

L’influence de Mosé Bianchi
Né en 1857 dans le nord de l’Italie, Pompeo MARIANI est lui aussi un peintre impressionniste. Monet l’a toutefois précédé à Bordighera, à l’époque où l'architecte Charles Garnier fait construire dans le jardin un cottage à la demande d’une touriste anglaise, la comtesse Fenshawe. Son père Martino MARIANI dirigeait à Monza un Institut qui forma plusieurs générations d'industriels Lombards. Il souhaite pour son fils une carrière dans la banque et l’envoie à Milan, où il rencontre le peintre Eleuterio Pagliano qui l'encourage à s’engager dans une carrière artistique. Le frère de sa mère, son oncle Mosé Bianchi intercède dans ce sens auprès de sa famille. Mosé BIANCHI, un peintre paysagiste renommé dans la Péninsule, était issu d’une famille d’artistes juifs italiens. Il allait dès lors suivre attentivement la formation de son neveu, jusqu’à sa mort en 1904. Entre 1878 et 1880, Pompeo voyage ainsi avec des amis peintres dans les Alpes et en Egypte. Ses œuvres de cette période, présentées et remarquées aux expositions de Beaux Arts à Milan, à Rome et Nice marquent le début de la renommée du peintre. Au cours des années suivantes, Pompeo Mariani présentera ses tableaux dans pas moins de 480 expositions italiennes et étrangères, nationales et internationales de haut niveau : Biennale de Venise, Promoticri, Gênes, Florence, Turin, Milan Brera et Permanent, Munich de Bavière, Londres, Paris, Budapest, Berlin, Lugano, Lucerna, Zurich, Saint Pietroburgo, Bruxelles, Gand, Saint Louis, Montecarlo, Chicago, obtenant 11 médailles d'or avec mentions d’honneur et 9 médailles d'argent.
L’installation à Bordighera
Les paysages occupent une place importante dans l’œuvre de Pompeo, ainsi que les sujets pittoresques et les portraits mondains, notamment à Bordighera où séjourne une bonne société cosmopolite et fortunée. Pompeo a commencé à fréquenter cette station touristique dès 1889, et surtout à partir de 1898. C’est en 1909 que Pompeo Mariani s’installe à Bordighera et fait édifier son atelier, l’un des rares ateliers d’artistes de cette époque encore existants en Europe. Il réalise ici de nombreux tableaux mondains, notamment dans les casinos voisins de Monte Carlo et de Sanremo. Parmi ses acheteurs et ses relations, on trouve (entre autres) la Reine Margherita d’Italie dont la maison de Bordighera est contigüe à la sienne, Carnegie ou encore Charlie Chaplin. Nommé "Specola", son atelier abritait 19 chevalets, un escalier monumental pour l’accrochage de peintures de grandes dimensions, 3 treuils pour soulever de telles œuvres, une presse pour les gravures et monotypes, des étoffes de valeur pour l’arrière-plan des portraits, une importante collection d'habits anciens (17° & 18° s), des meubles d'époque de style différent, une série de gravures japonaises et chinoises, d'armes, de photos des ateliers de ses amis peintres: Muzzioli, Tito Conti, Ferragutti Visconti Aleardo Villa etc., les caisses originales des biennales de Venise de 1907 et de 1914 avec lesquelles il avait envoyé ses œuvres et de nombreux autres objets. Soixante-dix ans après la mort de l'artiste, l’atelier était complètement vide. Suite à une longue recherche qui dura environ deux ans, avec l'aide de la Surintendance pour les Biens Architecturaux, et grâce à des photographies de l'époque, une bonne partie des objets ont été retrouvés dans les caves et les recoins de la maison. Méticuleusement reconstitué par l’historien de l’art Carlo Bagnasco, Président de la Fondation Pompeo Mariani, l’atelier renferme à présent environ 1500 objets et est ouvert au public. PS. Nous remercions la Fondation Pompeo Mariani, pour les informations rassemblées dans cet article. En savoir plus: Villa Pompeo Mariani

Irene Brin Bordighera4. Maria Vittoria Rossi, dite Irene Brin, journaliste, écrivain, galeriste et modiste : de Trieste à Bordighera
Ill. Maria Vittoria Rossi, dite Irene Brin
Maria Vittoria ROSSI est originaire de deux familles bourgeoises italiennes qui ont compté des personnalités notables. Du côté de son père, le général Vincenzo ROSSI (une famille originaire de Bordighera), on trouve ainsi un oncle député et maire de cette ville, l'avocat socialiste Francesco Rossi ainsi qu’un cousin Ministre et Vice Président du Parlement, le Sénateur Paolo Rossi. Sa mère, Maria Pia LUZZATTO, était issue d’une famille juive de Trieste. Le patronyme de Luzzatto désigne une communauté juive qui s’installe en Italie au 15° siècle en provenance de la province allemande de Lausitz (en latin Lausatia). Les Luzzatto ont compté d’importants théologiens, ainsi que des écrivains, érudits, hommes d’affaires et politiques, dont Luigi Luzzatti qui fut premier ministre et Président du Conseil ou encore le fondateur de Assicurazioni Generali.
La carrière artistique et littéraire
Lorsque que Maria et sa sœur furent en âge d’aller au lycée, leur mère décida de prendre en main leur instruction. Elle leur transmit son goût pour l’art et la littérature et aussi les diverses langues qu’elle parlait, allemand, français, anglais et espagnol. Maria Vittoria Rossi débute sa carrière littéraire à l’âge de 23 ans, en 1934, dans divers journaux sous les pseudonymes de Mariù, Oriane, Marlène, Comtessa Clara, Maria del Corso, et surtout d’Irène Brin pour des articles de mode dans le magazine "Omnibus". Dans ces années qui précèdent la guerre, elle épouse un jeune officier, Gaspero del Corso, un homme cultivé et collectionneur d’œuvres d’art, avec qui elle voyage beaucoup. La guerre éclate et elle accompagne son mari en Yougoslavie en 1941, où elle rédige son premier roman intitulé "Olga à Belgrade". Lorsque les troupes nazies envahissent l’Italie, elle retourne à Rome, sa ville natale, où elle survit de traductions et d’expédients. Le couple doit même se défaire d’une partie de leurs collections d’art. Après la libération, Irene publie une série d’articles de mode remarqués, sous le pseudonyme de Comtesse Clara Ràdjanny von Skèwitch, une vieille dame aristocratique originaire de l’Europe de l’Est. Elle ouvre aussi à Rome avec son mari une galerie d’Art, "L’Obelisco", qui prend vite de l’importance dans le paysage culturel de la capitale. "L’obelisco" accueillera un grand nombre d’artistes connus ou débutants tout en assurant la promotion de l’art et de la mode italiens, en Amérique notamment suite à la collaboration avec la prestigieuse Revue Harper’s Bazaar dont Irene devint la correspondante italienne.
Rénovation et ouverture au public du Jardin d’Irene
Irene Brin décède en 1969, à l’âge de 58 ans, dans la maison familiale de Bordighera. En 2011, à l’occasion du centenaire de sa naissance, son neveu Vincent Torre décide de réhabiliter le jardin de la villa où sa tante avait rassemblé diverses œuvres d’art. Il fait appel pour cela à la paysagiste Maria Dompe qui va créer ici l’un des rares exemples de Land Art existant sur les deux Riviera italienne et française. Son installation se compose de plusieurs espaces ésotériques d’une grande puissance évocatrice, dénommés Virtute e Conoscenza, Facilius Natura Intelligitur, Quam Enarratur (Sénèque), Noce te ipsum (Socrate) et Est Pabulum Animorum Contemplatio Naturae (Ciceron). Ce parcours initiatique conduit des oliviers séculaires du jardin méditerranéen à la palmeraie traditionnelle, qui se compose d’une centaine de palmiers intégrés dans une pelouse. Le jardin conjugue ainsi diverses tonalités de vert avec le marbre blanc des sculptures. En 2014, le jardin, enrichit de nouvelles œuvres, est désormais ouvert au public, ainsi qu’un musée consacré à Irene Brin. PS. Nous remercions l’Association Culturelle "Irene Brin", pour les informations rassemblées dans cet article.
En savoir plus: Jardin Irene Brin

5. Actualités de la palmeraie historique
Depuis la fin du moyen-âge, la palmeraie de Bordighera a produit, à destination des comunautés juives de l'ensemble de l'Europe, les feuilles de palmiers dénommés loulavim destinées à la grande fête de Soukkhot. Cette antique tradition a fait l'objet ces dernières années de plusieurs initiatives patrimoniales.
2016-2018: Journées Européennes du Patrimoine
Chaque année depuis 2016, à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine du mois de septembre, la section des Alpes Maritimes de la Culture et du Patrimoine Juif (JECPAM) organise des visites patrimoniales à Bordighera. Ces visites s’inscrivent dans un riche programme de manifestations qui attirent des milliers de personnes entre Cannes et Bordighera, avec visites guidées, concerts et conférences, en partenariat avec de nombreuses institutions: journees-europeennes-du-patrimoine-2016
2016-2018: Rendez-vous aux Jardins
Les jardins de palmiers de Bordighera ont ouvert depuis 2016 un espace annuel de rencontre et d'échange interculturel franco-italien, à l’occasion de la manifestation "Rendez-vous aux Jardins" qui se tient au printemps. Au-delà du seul patrimoine des jardins, cette initiative s’inscrit dans l’histoire de la mémoire juive en déshérence dans cette région comme dans l’ensemble de l’Europe: art.listephoenix
Soukkhot Party 2015
C'est après plusieurs décennies d’absence, que la Communauté juive de la Côte d’Azur est retournée dans la palmeraie historique de Bordighera, une visite d'une grande importance symbolique. Les participants ont en effet pu assister à la taille des palmes, qu’ils ont ensuite rapportées en France pour la construction de la cabane rituelle, la soucca, dans la synagogue de Menton. A la suite de cette initiative, nos jardins de palmiers ont réfléchi à un itinéraire de visite de la palmeraie et des lieux qui conservent la mémoire de la présence juive à Bordighera.
Compte-rendu en français: fous de palmiers 2015
Rese conto in italiano: bordighera.net
 
En savoir plus sur la présence juive à Bordighera

Bordighera Leopoldo JungLe cimetière historique
Ill. tombe de Leopoldo Jung, une famille juive italienne d'origine allemande
Le cimetière britannique est situé au cœur de la palmeraie historique, dans l'embouchure du vallon du Sasso. La palmeraie a été éradiquée à cet effet à l'époque de l'essor de la villégiature touristique et de l'importance de la colonie étrangère en séjour dans cette destination qui était alors très prisée. Le cimetière conserve encore, dans sa partie "non catholique", la mémoire de la présence des nombreuses minorités étrangères qui constituaient la colonie touristique, et notamment celle de la communauté juive de Bordighera.
 
Marcello Cammi BordigheraLe Jardin Cammi
Ill. le sculpteur Marcello Cammi
Sur la rive du Vallon du  Sasso qui fait face au cimetière, se trouve le jardin de Marcello Cammi. Marcello Cammi n'était pas juif, mais il a toutefois connu, comme nombre d'opposants italiens au fascisme, l'expérience dramatique de la déportation à Mauthausen à laquelle il a survécu. Cet artiste est considéré comme l’un des principaux représentants de "l’art brut" en Italie. Dans son jardin installé autour de la rivière, il a cherché à  préserver la mémoire de ses compagnons d'infortune, autour de sculptures grises et dramatiques qui émergent au milieu des palmiers et des agrumes pour lancer un cri désespéré: "ne nous oubliez pas".
 
6. Bibliographie sommaire
Paolo Veziano 2007 SANREMO UNA NUOVA COMUNITÀ EBRAICA NELL ITALIA FASCISTAVEZIANO Paolo 2007. SANREMO UNA NUOVA COMUNITÀ EBRAICA NELL'ITALIA FASCISTA 1937 – 1945. Ed. DIABASIS. Link: veziano-paolo/sanremo
In questo libro è descritta una comunità ebraica diversa dalle altre, perché nuova. Non si può proprio dire che gli anni del fascismo fossero i più adatti al sorgere di una nuova comunità, eppure la storia di Sanremo, narrata da Paolo Veziano, dimostra quali sforzi siano possibili anche sull'orlo del nulla. L'autore inserisce nella sua narrazione alcune variabili importanti, che aiutano a leggere il libro in una prospettiva di lunga durata: la storia degli ebrei "stranieri", contro i quali vi fu da parte del regime un vero e proprio accanimento legislativo, che molto dovrebbe farci riflettere, come scrive Alberto Cavaglion nella prefazione. "Se mettessimo quell'accanimento a confronto con altre politiche verso gli "stranieri", non necessariamente legate all'antisemitismo, non ci accorgeremmo che, in Italia, il pregiudizio contro il diverso viene sempre a colorarsi di xenofobia più che di ogni altra forma di odio razziale?". Il volume non trascura di valutare anche la presenza di alcun figure molto rappresentative, come Walter Benjamin e Serge Voronoff. Del soggiorno di Benjamin a Sanremo e dell'importanza che ebbe la pensione gestita dalla ex-moglie, discute Giulio Schiavoni. Del ruolo essenziale che ebbe per la comunità sanremese lo scienziato russo Serge Voronoff, trasferitosi a Grimaldi nel 1925, è fornita infine una ricca e inedita documentazione.
Lois raciales et déportations: ce portail web donne accès à la biographie des victimes italiennes de la Shoah. Le lien qui suit concerne les personnes arrétées à Bordighera: digital-library.cdec
Carte des cultures rituelles de cedrat juif en Mediterrannee
CASTELLANA Robert 2000. Culture, introduction et diffusion de plantes à usages rituels en Méditerranée occidentale. In: Actes des IV° Rencontres Universitaires Corses de Nice. Lire l'article: gardenbreizh.org
"San Remo [est une] terre grasse, peuplée et marchande […/…] couverte de toute part de bois de citrons […/…] au grand spectacle des marins. Au temps où fleurissent cédrats et citrons, un tel parfum se répand sur la mer voisine que les navigateurs y goûtent  bien qu’encore éloignés de plusieurs milles de la terre. […/…] Et il s’y voit encore  multitude d’arbres à palmes, les fruits desquels ne parviennent pas à maturité. Et le Pontife Romain de mander chaque année un courrier pour acheter les palmes pour la fête qui se célèbre le Dimanche avant la Pâque. Les Juifs d’Allemagne et autres lieux, achètent [eux aussi] les cédrats pour la fête des Tabernacles, à San Remo". Ce témoignage qui remonte à la fin du moyen-âge atteste de la présence dans la région du premier des agrumes acclimaté en Méditerranée, le cédratier. Il faut attendre le début du XIX° siècle  pour trouver des détails plus précis sur cette surprenante agriculture rituelle. On s'aperçoit  alors que les terroirs très spécialisés qui l'abritent, entre San-Remo et Nice, font en fait partie d'un réseau horticole bien plus vaste mais peu connu. Il  concerne pourtant  l'ensemble  de  la Méditerranée occidentale.
En savoir plus sur la tradition juive des palmiers et des agrumes: listephoenix
ITALIA JUDAICA: PORTAIL D'ACCES A L'HISTOIRE DE LA DIASPORA JUIVE EN ITALIE Il lessico presenta una serie di sommari  della storia degli ebrei in una determinata località italiana dall'epoca antica ai giorni nostri. È uno dei risultati di oltre cinquant'anni di ricerca nel quadro del progetto "Italia Judaica" del "Goldstein-Goren Diaspora Research Center" presso l'Università di Tel Aviv, ed è basato sui 33 volumi della "Documentary History of the Jews in Italy", da me diretta e in gran parte realizzata, sulle opere segnalate nella "Biblioteca Italo-Ebraica", nonché su tutta o quasi la letteratura storica precedente e, in alcuni casi, su nuove ricerche d'archivio appositamente realizzate. L'opera è analoga a lessici, mutatis mutandis, come la "Gallia Judaica" per gli ebrei della Francia e la "Germania Judaica" per la Germania. È opera del sottoscritto in collaborazione con Marina Arbib, Cesare Colafemmina, Vittore Colorni, Manuela Consonni e Aldo Luzzatto, e contiene  contributi anche di altri studiosi. Il sito sara diretto dal sottoscritto affiancato da una commissione composta da Roberto Bonfil, Anna Esposito, Giancarlo Lacerenza e da Mauro Perani. En savoir plus sur la présence juive en Ligurie: www7.tau.ac.il
 
7. Cartographie interactive
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