2.3 Mémoire des lieux, lieux de mémoire: Italia Judaica

BORDIGHERA JUDAICA: LA PALMERAIE HISTORIQUE 
Robert Castellana
Illustration: la tombe de Léopold Jung dans le cimetière historique juif de Bordighera.
 
Le territoire est l'enjeu de manifestations identitaires, visant à son contrôle et à celui de la mémoire collective qui lui est associée. Située en Italie, à la frontière de la France et de la Principauté de Monaco, la palmeraie de Bordighera représente un espace de rencontre et d'échange interculturel exemplaire à plusieurs égards. Au-delà du témoignage sur la genèse d’un patrimoine paysager transfrontalier, elle s’inscrit en effet dans l’histoire de la mémoire juive en déshérence dans cette région comme dans l’ensemble de l’Europe. Les lois raciales de 1938 et la tragédie de l'Holocauste ont effacé les traces de la présence juive sur la Côte d’Azur italienne. 4 jardins historiques patrimoniaux, immortalisés par de nombreux artistes dont Claude Monet, sont pourtant ouverts au public à Bordighera. Ils témoignent, à des titres divers et des périodes différentes, de plus de 5 siècles d'une histoire qui a mis en contact le monde méditerranéen et les civilisations qui l'abritent. L'antique palmeraie de Bordighera est par ailleurs à l'origine du succès international de cette destination touristique italienne. Robert Castellana (sociologue et rédacteur de ce site web ainsi que coordinateur du Projet Phoenix) est en charge de la réhabilitation de l'un des derniers jardins de palmiers de Bordighera, le Jardin Phoenix. Vous pouvez nous contacter ici pour visiter l(ensemble du site historique: Robert Castellana +33660097765.

EN SAVOIR PLUS (CI-DESSOUS) SUR LA PALMERAIE HISTORIQUE DE BORDIGHERA ET SON PATRIMOINE INTERCULTUREL
 
BORDIGHERA JUDAICA. C’est dans les années 1990 que nous avons recueilli (dans la palmeraie historique de Bordighera) les témoignages de cultivateurs et de courtiers (ces derniers étant des rabbins). Ces témoignages concernaient la production de plantes destinées à des usages rituels lors de la fête juive des Cabanes. Autrefois vendues dans l’ensemble de l’Europe, ces productions étaient alors abandonnées mais bien vivantes dans la mémoire collective. Nous avions organisé à cette époque une exposition sur ce sujet au Musée du Palais Lascaris à Nice. Dix ans plus tard, nous avons été contactés par des botanistes et des biologistes, lesquels nous ont proposé de codifier ce savoir paysan en employant des méthodes scientifiques alliant morphologie et génotypage. Ces recherches ont donné lieu à de nombreuses publications dans le cadre du Projet Phoenix. Lire notre article "Bordighera Judaica: une mémoire juive en déshérence" ici: Bordighera judaica
 

LE JARDIN EXPERIMENTAL PHOENIX. Le sentier du Beodo, qui reprend le tracé de l'ancien canal d'irrigation de la palmeraie, vient de faire l'objet d'une importante réhabilitation. Il donne accès au jardin Phoenix qui représente, avec plusieurs centaines de palmiers, le dernier jardin traditionnel de palmiers dattiers existant dans la région. Remontant à la fin du moyen-âge, ce jardin était consacré à la production de feuilles de palmiers pour les fêtes rituelles juives des communautés européennes de la diaspora. Il s'agit aussi de l'un des plus anciens jardins historiques existant en Europe. Un groupe de passionnés, chercheurs et bénévoles, s'efforce de sauver ce lieu patrimonial de l'abandon et de la dégradation ainsi que de mettre en valeur l’ensemble de la palmeraie historique, dont les paysages ont fait l'objet eux aussi d'une série de tableaux de Monet. Lire l'article: jardin-experimental-phoenix-bordighera

LES VILLAS BISCHOFFSCHEIM ET GARNIER
En contrebas de la vieille ville, la tour blanche de la villa de Raphael Bischoffscheim, un banquier et philanthrope juif hollandais, domine la Via Romana où se trouvaient les principaux hôtels et villas de la station touristique de Bordighera. La Villa Bischoffsheim a été construite par l'architecte Charles Garnier, sur le même modèle que la demeure où il résidait dans la palmeraie historique. C'est le paysagiste allemand Ludovic Winter qui a réalisé le vaste jardin qui l‘entoure. Omniprésente dans l'iconographie, cette villa et ses nombreux palmiers ont été dépeints par Monet dans "Les Villas à Bordighera", dont l'un des quatre exemplaires est conservé au Musée d'Orsay à Paris. Lire l'article: villa-garnier-bordighera
 
LA VILLA POMPEO MARIANI
Pompeo Mariani fut un peintre impressionniste et mondain important en Italie. C'est son oncle maternel Mosé Bianchi, un peintre juif italien apprécié de son vivant, qui prit en main la formation de son neveu. Pompeo Mariani fréquente très tôt Bordighera et s’y installe définitivement en 1909, au cœur du célèbre Jardin Moreno où Charles Garnier avait précédemment édifié une villa pour une comtesse anglaise. La villa Mariani abrite toujours l’atelier du peintre, situé sur le sentier du "Beodo", dans la partie haute de la vielle ville. Il prend place dans un jardin de palmiers, d'agrumes et d'oliviers au sein duquel Claude Monet a réalisé plusieurs tableaux. Lire l'article: villa-pompeo-mariani-bordighera
 
LE JARDIN IRENE BRIN 
L'antique canal qui irriguait les jardins de palmiers de Bordighera, l'actuel sentier du Beodo permet d’atteindre en suivant le lit de la rivière le hameau de Sasso, au travers de paysages plus particulièrement illustrés par les aquarelles d’Hermann Nestel. Bastion de pierre dans des tons ocres, accroché à une crête étroite qui domine la vallée, le hameau du Sasso préserve la mémoire de Maria Vittoria Rossi, mieux connue sous le nom d'Irene Brin. Originaire du côté maternel d'une famille de juifs italiens, Irene Brin a été écrivain et journaliste ainsi qu’une galeriste de premier plan, dans l'histoire italienne de l'après-guerre. Sa maison familiale abrite désormais un jardin-musée orné d’une riche collection de palmiers et de sculptures, qui a fait récemment l'objet d'un aménagement paysager du à Maria Dompe. Lire l'article: jardin-irene-brin