Bioarchive

3.3 Plantes rituelles et traditions populaires

Nous avons rassemblé ici des documents issus du folklore et des traditions populaires de trois régions voisines mais fortement différenciées, Ligurie, Provence et Piémont, au travers d’une enquête de terrain conduite pendant plusieurs années dans ces mêmes régions. Cette étude revêt ainsi une dimension anthropologique qui participe d'une réflexion sur l'évolution contemporaine des pratiques festives. Les fêtes traditionnelles se métamorphosent en effet sous nos yeux. Elles deviennent à la fois un produit touristique ou un élément du “patrimoine”, un document humain pour érudits et historiens ou l'enjeu de manifestations aux connotations "régionalistes". Dans le cadre de ce "théâtre de la mémoire", qui met en scène les rapports de la modernité et de la tradition, la fête semble tenir un rôle central. Ainsi parallèlement à l'évolution des pratiques festives assiste-t-on à une réinterprétation identitaire et réductrice de leurs significations.
 
ARTICLES (A VENIR)
 
Artilleurs & Artificiers : du blé de la Sainte-Barbe aux buchers festifs. De l'Antiquité au moyen âge, l'usage du feu comme unique moyen d'éclairage et de chauffage entraîna une crainte généralisée des incendies. Parmi les saints invoqués contre les méfaits dévastateurs du feu, sainte Barbe occupait alors une place prééminente. Mais que vient faire dans un culte réservé aux corporations du feu, la coutume populaire du blé de la Sainte-Barbe? Ces graines de blé (ou de lentilles), disposées dans une assiette ou sur des toiles enroulées autour d’une bouteille et mises à germer au jour de la fête.
 
Cordiers & Chanvriers : feux des Brandons & danses des fileuses. De nombreux témoignages mettent en relation les feux festifs carnavalesques avec le cycle des plantes textiles. La Chandeleur du début février en était le centre. Le cycle du chanvre, filé lors des longues soirées de l'hiver dessine ainsi une véritable "Passion" des plantes textiles. On le faisait tout d'abord pourrir dans des fosses remplies d'eau, avant d'en détacher les fibres. Mis à mort sous le signe de la putréfaction hivernale, le chanvre ressuscitait patiemment autour du feu de la veillée. Son histoire s’achevait avec sa “purification” dans les bûchers carnavalesques qui en détruisaient les déchets inutilisables.
 
Confiseurs & Pâtissiers : la royauté de la fève. Des personnages populaires comme la Befana ou la Vieille de Carème sont des survivances de l’ancienne tradition de l'Épiphanie, et des fêtes médiévales des Fous, où se pratiquait l'élection d'une royauté festive, par tirage au sort au moyen de fèves, haricots, noix, ou pois noirs et blancs. Le sens profond des fêtes carnavalesques se dévoile ici en tant que fête des morts où l'on va retrouver toute une série de personnages représentant la fécondité; celle des femmes, mais aussi celle des animaux, et des plantes, au travers des déguisements et des rituels qui les mettent en scène. L'exécution du Carnaval, roi grotesque et dérisoire, personnification de l'abondance des biens y apparaît comme l’exorcisme du spectre angoissant d’une fécondité liée aux âmes des défunts.
 
Saint Jean d’Eté/Saint Jean d’Hiver : plantes solsticielles et solaires. Saint Jean Baptiste, dit le "précurseur" vivait en ascète dans le désert, règne du feu solaire, où il passait pour le Messie. On lui attribue l'invention de la cérémonie du Baptême: baptême par l'eau, annonçant le baptême par le feu qui sera administré par le Christ. Mais le Baptiste possède aussi un homonyme, un “doublet”, saint Jean dit l’Évangéliste qui est célébré le 21 décembre. Ainsi, comme le Janus antique aux deux visages, les deux saints Jean, placés aux "portes" solsticielles se partagent-ils l'année dans le calendrier chrétien. Ces fêtes religieuses s’accompagnaient d’un riche savoir-faire relatif aux herbes médicinales et à divers usages rituels des plantes.

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