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5.TOURISME & URBANISME

L’impact du tourisme et de l’urbanisme moderne sur l’histoire des paysages méditerranéens

Les civilisations méditerranéennes sont depuis l’Antiquité des civilisations urbaines. Les rapports liant villes et campagnes ont conditionné jusqu’à nos jours l’histoire de ces sociétés, en instaurant un modèle d’une grande stabilité. La ville est au centre des territoires, avec ses marchés, ses ports et ses réseaux routiers. Héritage des représentations paysagères de la Renaissance italienne, la tradition du jardin d’agrément allait inaugurer de profondes métamorphoses au tournant des 19° et 20° siècles. Elles sont liées à l’apparition des premières destinations touristiques méditerranéennes et des nouveaux modèles d’urbanisme qu’elles impulsent. Les introductions massives de plantes exotiques ont elles aussi  joué un rôle important dans ce renouveau des représentations du territoire. Ces phénomènes concernent désormais l’ensemble des espaces urbains avec le développement universel du tourisme et des préoccupations paysagères qui  l’accompagnent. Ces nouvelles formes d’appropriation de l’espace impactent de plus en plus par ailleurs le monde rural, suite à l’émergence de l’écologie, des Parcs Naturels et d’une mondialisation qui pose de nouveaux défis relatifs à l’articulation entre espaces urbains et péri-urbains.

ESPACE VÉCU / ESPACE PERÇU. Les villes concentrent désormais l’essentiel de la population de la planète. Cette extension généralisée du mode de vie urbain s’est accompagnée d’un changement d’attitude par rapport au paysage. De moins en moins vécu comme cadre de vie, il est devenu ‘paysage-spectacle’, objet de loisirs et de contemplation. Ces évolutions modernes ont eu pour conséquence le développement d’une sensibilité que l’on pourrait qualifier ‘d’esthétisante’. L’accélération du rythme de ces changements a par ailleurs généré des phénomènes de saturation, se traduisant par une incapacité croissante d’adaptation des individus et des groupes. Ils résultent tout autant de causes objectives que d’une méconnaissance des processus de transformation des paysages, empêchant la perception et la maîtrise de ces évolutions. Un paysage perçu comme ‘dégradé’ est souvent en fait un paysage en transition, dont les évolutions non maîtrisées entraînent une crise des représentations. Nos recherches s’efforcent, au travers d’études de terrain et du recueil de témoignages anciens et contemporains, de comprendre les difficultés à concilier tradition et modernité, impératifs de rentabilité et sauvegarde du patrimoine, auxquelles sont confrontées les politiques actuelles de l’environnement.

*Ecologie et Parcs Naturels. Les premières mesures de conservation des espaces naturels remontent au XIXème siècle, avec la création des Parcs Nationaux aux États-Unis dans le contexte de la peinture paysagère. C’est en effet un peintre, George Catlin, qui propose dés 1830 de protéger les paysages afin de les conserver. Dans les années qui suivent l’idée est reprise outre les peintres par les photographes et les naturalistes. Le premier parc naturel est ainsi créé aux États-Unis en 1872, à Yellowstone, suivi du Parc national royal australien en 1879 et par des initiatives similaires dans l’ensemble de l’empire colonial britannique. Ils voient le jour dans les premières décennies du XXème en Europe, dans le contexte du tourisme naissant. Lien

URBI ET ORBI : L’ESPACE URBAIN. Les groupes humains ne sont pas uniquement rattachés à leur lieu de résidence, mais à l’ensemble géographique plus vaste des espaces avec lesquels ils sont en relation. Ces interactions spatiales complexes reposent sur des facteurs objectifs, basés essentiellement sur la complémentarité économique, mais aussi sur des représentations subjectives qui relèvent de l’ostentation, voire de la cosmologie. La ville est de ce point de vue un espace social central, produit par ces mêmes groupes humains au travers des pratiques et des institutions qui l’organisent et la mettent en valeur. Ses principales fonctions relèvent de l’habitat, des échanges commerciaux et culturels, de la cohésion sociale notamment militaire ou religieuse, ou encore du partage et de l’exploitation administrative des ressources. Pour l’anthropologie, la ville (et plus particulièrement peut-être la ville méditerranéenne) est donc une scène, où se laissent appréhender les stratégies des acteurs et les idéologies et les croyances dont ils se réclament.

*Urbanisme et anthropologie : espace privé / espace public. Les villes concentrent désormais l’essentiel de la population de la planète et ces évolutions remettent en cause les anciens modèles de sociabilité. La dialectique qui oppose espace public et espace privé est un élément majeur pour comprendre la dynamique d’une société. L’anthropologue Abraham Moles estimait à ce propos que tout espace social possède un double caractère, à la fois sociofuge et sociopète. Cette double dimension permettrait selon lui de favoriser le contact entre les individus tout en maintenant les distances entre les groupes sociaux. Les rues, places et commerces sont des institutions centrales de l’espace urbain. Elles illustrent plus particulièrement la fonction sociale de l’urbanité en permettant aux acteurs de s’insérer dans des réseaux plus vastes. Ces articles en préparation s’efforcent d’en comprendre les modalités. Lien

*Espaces verts urbains et péri-urbains. Des évolutions majeures ont eu lieu au cours des dernières décennies en matière d’urbanisme. Initiées par les Parcs Naturels, autour d’une vision de la nature sauvage issue du Romantisme, elles s’efforcent désormais d’articuler espaces verts urbains et péri-urbains, avec des initiatives du type des Parcs Naturels Urbains (P.N.U.). Ce concept de Parc Naturel Urbain concerne originellement la réhabilitation des friches urbaines issues de la désindustrialisation. Il s’agit d’une démarche participative, qui reprend la scénographie des Parcs naturels nationaux ou régionaux mais n’impose pas de réglementation contraignante. Lien 

*Urbanisme et  Sémiologie. Dans sa fonction d’organisation de l’espace social, la ville peut se décrire comme un ensemble de cercles concentriques dotés d’un ou de plusieurs centres, qui polarisent les activités et hiérarchisent les flux, ainsi que de frontières définissant des discontinuités socio-spatiales. Espace privé ayant pour vocation d’être ouvert au public, le commerce représente l’un des lieux principaux de transition entre ces deux sphères centrales de la vie sociale. Institution majeure de l’espace urbain, il illustre plus particulièrement la fonction de centralité de la ville et les avantages qu’elle apporte aux acteurs sociaux en les insérant dans des réseaux plus vastes. Lien

TOURISME & EXOTISME. Nos recherches portent plus spécifiquement sur l’histoire du tourisme sur la Riviera italienne et sur la Côte d’Azur. Ces régions sont en effet un foyer historique majeur en matière de développement de la villégiature touristique et de ses infrastructures. Nous nous interrogeons notamment sur l’impact des représentations paysagères élaborées à cette époque dans l’appropriation identitaire des territoires, ainsi que sur les modalités concrètes qui accompagnent leurs évolutions jusqu’à nos jours. La dialectique ville/campagne reposait jusqu’à très récemment sur des conceptions issues des traditions bibliques, dans les pays dits ‘développés’, les premiers à avoir connu le phénomène de l’exode rural. Le ‘mythe pastoral’ oppose en effet depuis le moyen-âge la ‘bonne campagne’ à la ‘mauvaise ville’. Avec la modernité, l’image dialogue désormais en permanence avec le paysage, au travers de la figure anthropologique de l’exotisme et de l’universalisme de ses avatars contemporains.

*Exotisme et paysages. Un paysage n’est pas une réalité immuable, ni un fait évident. Sa perception est conditionnée historiquement et culturellement, à la fois comme objet de représentations et comme cadre de vie et de références existentielles. Au cours des dernières décennies, notre perception des paysages a ainsi changé en profondeur sous des influences diverses, dont l’apparition d’un exotisme végétal diffusé par les descriptions romantiques des écrivains, des poètes et des voyageurs, et les peintres et des graveurs qui illustrent ces ouvrages. Dès la fin du XIXème siècle, l’invention de la photographie permet une diffusion massive des images, plus particulièrement avec l’apparition de la carte postale. Quelques éléments de réflexion partagée ici, à propos des paysages de la villégiature touristique revisités par l’art contemporain à l’heure de la mondialisation. Lien

*Tourisme et villégiature.  Actes du colloque Riviera française & italienne similitudes et différences. Riviera italiana & francese: similitudine e differenze (16 17 octobre 2019 Nice et Bordighera. Istituto Studi Liguri ed). Ces journées d’études avaient pour objectif de mettre en perspective le riche passé touristique des deux rivieras française et italienne de la Côte d’Azur et de la Ligurie. Il s’agissait plus précisément de prendre en compte la diversité du vaste espace littoral, allant de Hyères à La Spezia, qui a constitué au XIXème siècle le berceau du tourisme moderne en Méditerranée. L’approche comparative proposée visait notamment à confronter les bouleversements générés par le tourisme sur ces deux littoraux qui, bien que voisins et contigus, ont connu des périodes de divergences ou de similitudes. Quatre sessions ont été retenues à partir de quatre approches thématiques et transversales qui se sont déroulées pour moitié en France et en Italie avec seize intervenants, huit français et huit italiens. Elles ont été ouvertes dans la salle prestigieuse de l’Hôtel Royal situé sur la Promenade des Anglais, à l’invitation du CEHTAM. Ci-dessous le programme des sessions et les abstracts des communications. Lien 

*Orientalisme & colonialisme. C’est au cours de la Renaissance, que les peintres européens inventent les premières représentations paysagères, avec des vues suggestives de paysages orientaux destinées à illustrer l’histoire biblique et les grands textes de l’Antiquité gréco-romaine. Parallèlement, l’hagiographie développe une riche imagerie des saints et des martyrs, où les plantes tiennent aussi une grande place, et qui va connaître d’importants développements dans l’ensemble du monde chrétien. La modernité développera cette imagerie orientalisante avec des connotations identitaires marquées, liées à l’histoire de la colonisation. Elle perdurera jusqu’à nos jours, dans les développements contemporains du tourisme international. Lien

LES JARDINS HISTORIQUES DE LA RIVIERA. Les pays méditerranéens ont récemment donné naissance à l’une des institutions les plus typiques de la post-modernité, le tourisme. A l’écart des grands courants culturels et économiques, ces régions n’avaient à offrir aux voyageurs que leurs paysages, consacrés depuis des siècles à l’acclimatation de plantes venues d’Orient, agrumes, palmes et parfums. La zone littorale qui s’étend de Toulon à Sanremo, avec ses jardins historiques, est plus spécifiquement à l’origine du modèle paysager que le tourisme a imposé de nos jours dans l’ensemble du monde. Les jardins historiques d’acclimatation de la Riviera franco-italienne représentent aussi un conservatoire patrimonial exceptionnel. Ils témoignent de l’histoire de 5 siècles d’acclimatation de plantes qui ont donné naissance aux paysages emblématiques de la villégiature touristique à une échelle désormais mondiale. Au travers d’une bibliographie ordonnée et commentée, cette page web propose 4 itinéraires de visite de ces jardins:
*la région de Hyères et de Toulon
*la Provence orientale (Cannes-Grasse)
*le pays niçois et la Principauté de Monaco
*la Riviera italienne.
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