Du mythe pastoral à l’écologie scientifique : recherches écosystémiques

L’histoire des paysages, de leurs évolutions, de leurs représentations et des modalités de leur appropriation sociale relève de plusieurs approches.
L’imaginaire pastoral tout d’abord, lié aux anciennes religions polythéistes, qui a perduré jusqu’à nos jours sous l’influence du christianisme. Ses stéréotypes, qui opposent la mauvaise ville à la bonne campagne, ont perdu à présent de leur influence avec les développements contemporains des sciences.
L’histoire de l’art s’est ainsi attachée à l’apparition des premières figurations paysagères lors de la Renaissance en Europe. Elle a mis en évidence leur importance dans les relations entre les représentations des territoires et les modalités identitaires de leur appropriation.
L’ethnobotanique traite de la nature et de la culture des plantes, en relation avec leurs usages traditionnels. Elle donne un accès pertinent à l’histoire de l’évolution des économies agraires et des techniques de culture.
L’archéologie s’est attachée de son côté à l’histoire de la domestication des plantes. Elle concerne une vaste aire géographique ainsi qu’un grand nombre de végétaux, dont la vigne, l’olivier et les céréales parmi les plus anciennes de ces introductions.
La phytosociologie est la science des groupements de végétaux. Elle permet de décrire les écosystèmes anthropisés et de comprendre leurs évolutions.
L’Ecologie du paysage (Landscape Ecology en anglais, Landschaftsökologie ou Geoökologie en allemand) est une discipline intégrative, proche de la géographie. Elle s’intéresse aux échelles spatiales dites «éco-paysagères», centrées sur l’homme et ses activités. Conceptualisée dans les années 1950, elle s’est développée de nos jours dans trois grandes directions.
Ces approches montrent que le monde méditerranéen est affecté de longue date par de profondes évolutions paysagères, lesquelles relèvent le plus souvent d’événements historiques, comme les guerres ou les invasions qui ont pu conduire à l’abandon des plaines littorales. L’anthropisation a par ailleurs été responsable de véritables catastrophes écologiques, avec par exemple les processus de désertification. Elle a aussi donné naissance à des écosystèmes et à des agrosytèmes originaux.
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Maquis & garrigues. Le monde méditerranéen est un univers anthropisé depuis plusieurs millénaires. Il est marqué par des introductions incessantes de matériel végétatif et leur intégration aux ressources autochtones. La phytosociologie est la science des groupements de végétaux (qu’elle dénomme syn-taxons). Cette approche cherche à définir des associations végétales, se composant d’espèces caractéristiques et d’autres espèces qualifiées de compagnes. Elle permet ainsi d’appréhender l’impact anthropique exercé sur les éco-systèmes. Le pourtour de la méditerranée dans son ensemble est caractérisé par un phénomène rare sur la planète, à savoir l’association d’une saison chaude sèche, et d’une saison froide humide. Ces facteurs déterminent 3 étages bioclimatiques, «thermo-méditerranéen», «méso-méditerranéen» et «supra-méditerranéen». L’association végétale caractérisée par l’olivier (olea) et le caroubier (ceratonion) est typique du pourtour méditerranéen. Sa limite septentrionale se trouve sur la Côte d’Azur française et la Riviera italienne, alors que la culture de l’olivier s’étend bien au-delà de ces régions. La répartition d’une association végétale ne correspond pas en effet à celle des espèces qui la composent. Parmi la grande variété d’espèces qui participent de la riche bio-diversité de ces éco-systèmes, on trouve aussi le palmier endémique méditerranéen Chamaerops humilis. Lien

L’agriculture de cannaie. Le littoral méditerranéen se caractérise par la présence de nombreuses zones humides, le plus souvent liées à la présence de torrents et à la résurgence des nappes phréatiques issues des reliefs avoisinants. Ces écosystèmes abritent une agro-biodiversité exceptionnelle. Arundo donax est une graminée caractéristique de ces régions littorales méditerranéennes. Sa présence pourrait remonter à l’époque romaine, voire plus loin dans le temps, car son origine exacte est inconnue. Elle se situe quelque part entre l’Asie tropicale et le bassin méditerranéen, où elle est fortement ancrée dans la toponymie, avec les lieux dits Cannes, Cannet, La Cannaie, etc. Il s’agit par ailleurs d’une espèce envahissante, dont la diffusion est vraisemblablement d’origine anthropique. La canne est en effet un produit de grand intérêt dans l’agriculture traditionnelle méditerranéenne. Lien

Maquis & Chamaeropaies. Le palmier nain (ou Doum), Chamaerops humilis, est un élément caractéristique de tous les étages de végétation du maquis méditerranéen. Particulièrement résistant à la sècheresse, il peut pousser sur des terrains rocailleux comme sableux, du bord de la mer jusqu’à 2000 mètres d’altitude dans les montagnes de l’Atlas marocain. Plante comestible et plante textile, cette espèce est aussi et surtout très utile en matière de lutte contre l’érosion et la désertification. Outre le fait qu’elle se régénère naturellement après les incendies, elle est en effet une espèce dite «nurse» car elle favorise la régénération des couverts forestiers victimes de dégradation. Elle a désormais disparu de la Méditerranée orientale, et de graves menaces pèsent sur la survie des peuplements qui subsistent encore de nos jours dans son aire occidentale. Comme nombre de plantes présentes de haute antiquité dans le bassin méditerranéen, le palmier nain entretient des rapports étroits et contradictoires avec la pression anthropique. La nature et l’impact de ces rapports est l’objet de cette bibliographie commentée, qui aborde les alternatives à la lutte chimique contre ses ravageurs. Lien

Le projet phoenix et le monde oasien. La côte d’azur française et italienne abrite, entre Hyères et Sanremo, une palmeraie ornementale historique vaste et diversifiée, en nombre de palmiers comme en nombre d’espèces. Ces riches collections variétales ont donné naissance à un programme de recherches euro-méditerranéen, le projet phoenix, à l’origine d’un jardin expérimental ainsi que d’un réseau de jardins botaniques régionaux, dénommé Riviera Gardens. Le monde oasien est au cœur de ce projet de recherches, qui allient des disciplines comme la botanique, la génétique, la phénologie ou encore la modélisation de l’architecture des plantes. Lien