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Agrumes et cultures

Citer cet article: CASTELLANA R. 2017. Culture, introduction et diffusion de plantes à usages rituels en Méditerranée occidentale: l’orangeraie azuréenne. Bioarchive (édition en ligne). Lien

Voir aussi : CASTELLANA R. 2000. Culture, introduction et diffusion de plantes à usages rituels en Méditerranée occidentale. In: Actes des IV° Rencontres Universitaires Corses de Nice (version Web mise à jour). Lien

Localisée dans des terroirs abrités des rigueurs hivernales, l’orangeraie méditerranéenne remonte à l’Antiquité gréco-romaine. Elle connaîtra ses principaux développements à l’époque arabo-andalouse, puis à partir du moyen-âge sous l’impulsion de l’industrie naissante de la parfumerie.

Abstract. Il aura fallu quelques 2000 ans pour que les agrumes prennent place à notre table. Ils font à présent partie de notre univers alimentaire quotidien. A l’origine, ces fruits exotiques n’étaient pas des aliments comme les autres, mais des matières précieuses, aux usages rituels et médicinaux. Souvenir de cet âge d’or, ils demeurent synonymes d’hygiène, de propreté et de bonne santé, des produits ménagers aux médicaments vitaminés. La culture des agrumes est attestée dès le moyen-âge dans la région allant de Grasse à Sanremo avec trois types emblématiques de fruits: les citrons, les cédrats et les bigarades. La présence d’autres agrumes, une centaine de variétés dont l’orange douce qui fut particulièrement importante, est mentionnée dès la fin du 17° siècle dans la région. Cette riche biodiversité est le fruit des savoir-faire élaborés depuis plusieurs siècles par les paysans du cru, précurseurs de l’horticulture moderne. 

Sommaire
1.BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE
2.AGRUMES & CULTURES
*Aux origines de l’orangeraie azuréenne
*Citrons et cédrats
*Essences et huiles essentielles
*Huiles essentielles et eaux parfumées
*La bigarade et l’industrie des parfums
*L’orangeraie mentonnaise et la modernité
*Parfums et landart : l’orangeraie ligure
*Le retour du cédrat en Corse

INTRODUCTION. La mise en culture des agrumes dans l’ère méditerranéenne débute dès l’Antiquité, lorsque les Juifs implantent dans ces régions le cédratier (Citrus medica) à des fins rituelles. Au moyen-âge, l’arrivée d’une variété porte-greffe, l’oranger amer ou bigaradier (Citrus aurantium), va permettre de diversifier les cultures. Elle va aussi poser la question de la pureté rituelle du cédratier. Il s’agit d’une particularité propre aux agrumes, l’existence de mutations spontanées et d’hybridations qui ont conduit à une extrême diversification du genre. L’extraordinaire facilité qu’ont les agrumes à se féconder les uns les autres (entre variétés, entre espèces voire même entre genres) et leur capacité à muter très facilement, n’ont pas facilité la tâche des premiers taxinomistes. Les travaux récents des biologistes français et espagnols (en matière de diversité et de structuration génétique des agrumes) viennent d’établir une nouvelle classification qui rejoint les données ethnobotaniques issues des traditions culturales. Le cédrat est bien le premier agrume à être introduit en Méditerranée (vers 300 avant J.C.) en provenance de la Mésopotamie. La bigarade est arrivée bien plus tard entre le IXe et le XIe siècle et bien avant l’orange douce. Les chercheurs ont en toute logique établie l’origine géographique du citron (né du mariage entre le bigaradier et le cédratier) entre la Méditerranée et la Mésopotamie.

1.BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE

Illustration : les 4 espèces « ancestrales » d’agrumes (INRA-CIRAD & IVIA)

Citrus investigation : origines et diversité des citrons. INRA-CIRAD San Giuliano & IVIA Valencia 2016. Abstract. Le genre Citrus regroupe l’essentiel des espèces d’agrumes. Les principales espèces qui composent ce genre étant sexuellement compatibles entre elles et avec les autres genres d’agrumes, il n’y a pas vraiment de consensus quant au nombre d’espèces de Citrus. L’ensemble des espèces  de ce genre est probablement issu de croisements directs ou successifs de quatre espèces ancestrales : le cédratier, le mandarinier, le pamplemoussier et un papéda. Par différents croisements, ces taxons de base auraient généré les espèces dites secondaires : les orangers, les pomelos, les citronniers, les bigaradiers et les clémentiniers. Lien

NICOLOSI E., LA MALFA S., EL-OTMANI M., NEGBI M., GOLDSCHMIDT E.E. 2005. The Search for the Authentic Citron (Citrus medica L.). Historic and Genetic Analysis. In: HORT SCIENCE 40(7) 1963–1968. Abstract. L’introduction des agrumes dans l’ère culturelle méditerranéenne débute dès l’Antiquité, lorsque les Juifs implantent dans ces régions la culture du cédratier (Citrus medica) à des fins rituelles. Au moyen-âge, l’arrivée d’une variété porte-greffe, le bigaradier, va poser la question de la pureté rituelle du cédratier. Les caractéristiques définissant cette pureté rituelle ont été définies au fil des siècles au travers de descriptions d’ordre morphologiques, concernant les différentes parties du fruit. Ce n’est que récemment qu’une étude de caractérisation génétique a été entreprise. Elle confirme dans ses grandes lignes la pertinence des définitions traditionnelles de la Kashrout. L’étude a concerné 12 génotypes de Citrus medica L. qui ont été comparés à d’autres agrumes très proches : Citrus  maxima  Merr.,  Citrus  reticulata  Blanco,  Citrus  limon L.,  Burm.  F. et  Citrus  aurantium  L. Lien

2. AGRUMES & CULTURES

AUX ORIGINES DE L’ORANGERAIE AZUREENNE. La culture des agrumes est attestée dès le moyen-âge dans la région allant de Menton à Sanremo. Il s’agit plus particulièrement du cédratier, de l’oranger et du citronnier, lesquels donnent notamment lieu (dès la fin du 17° siècle) à la production d’essences et d’eaux parfumées en liaison avec les parfumeurs voisins de Grasse. Le cédratier est le premier agrume à être introduit en Méditerranée, vers 300 avant J.C., en provenance de l’antique Mésopotamie. Le bigaradier est arrivé beaucoup plus tard, entre le IXe et le XIe siècle. Au 18° siècle, l’agrumiculture ligure est déjà réputée et ses produits s’exportent jusqu’en Angleterre, en lien probablement avec les prémices du tourisme naissant, comme le rapporte Horace Benedict De Saussure en 1796 (Voyage dans les Alpes, tome 3, p 183) : «Près de St Remo la nature se ranime : on traverse des jardins remplis d’orangers, de citronniers et de palmiers de la plus grande beauté. St Remo est en effet de tout l’Etat de Gênes l’endroit le plus renommé pour les productions de ce genre. C’est là que se prépare la meilleure eau de fleurs d’oranges et la meilleure essence de citron.» 

CITRONS ET CÉDRATS. On sait désormais que le cédrat, Citrus medica (décrit ici par Antonio Targioni Tozzetti en 1825) est l’ancêtre des agrumes en Méditerranée. Il est souvent confondu avec le citron, issu de son croisement avec la bigarade. Le cédratier est étroitement lié à l’histoire des agrumes (il est le seul connu du monde antique), et à celle des juifs qui semblent l’avoir diffusé en Méditerranée orientale à des fins essentiellement rituelles et médicinales. Le bouquet rituel de la fête juive de Souccot se compose ainsi de quatre plantes qui font l’objet de prescriptions rituelles très strictes. On trouve parmi elles le cédrat (etrog), dont l’introduction atteste de l’existence d’un vaste réseau, concernant l’ensemble de la Méditerranée et s’étendant même jusqu’au Yémen et à la façade atlantique du Maroc. Il s’agissait alors d’un produit précieux et onéreux. Le cadre général de ces terroirs producteurs de cédrats semble en tout cas confirmer la présence quasi-systématique de communautés juives très anciennement implantées. Cette entreprise pionnière d’acclimatation relève d’une étonnante collaboration qui associe les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans, à des titres divers et à des périodes différentes. Initiée dès l’Antiquité par les Juifs avec le cédratier, associée par la suite à l’introduction du palmier pour les fêtes juives et chrétiennes, elle connaît un tournant majeur lors de l’introduction du bigaradier (Citrus bigaradia), due aux Arabes. Cet agrume robuste servira en effet de porte-greffes et permettra par la suite l’introduction des agrumes les plus délicats.

La palmeraie historique de Bordighera. La saison des agrumes prend place au cœur de l’hiver dans la palmeraie italienne de Bordighera comme dans l’ensemble de la région frontalière. Cette palmeraie atypique remonte à la fin du moyen-âge. Elle fournissait alors, outre les feuilles de ses palmiers dites loulavim, des fruits de cédratiers. Ces productions étaient destinées à la fête juive dénommée Soukkhot, ou Fête des Cabanes. La production de cédrats rituels allait toutefois rapidement décliner, suite à des doutes sur la pureté rituelle (kashrout) des cultivars employés et notamment d’hybridation avec le citron. La culture du citronnier, Citrus limonum, fut longtemps confinée aux contrées orientales de la Méditerranée, à cause de l’extrême fragilité de cet arbre, en matière de climat comme de terrain. Il trouvera pourtant une terre d’élection, limitée à quelques collines particulièrement abritées des vents et des gelées, dans ces mêmes régions situées entre San Remo et Menton où étaient alors recensées plusieurs variétés : le bignette ou begnet, ou limon, le « citronnier de Ligurie », le « citronnier de Nice », le « citronnier de Naples », le ceriesc, le « citron de Valence », le « citron Portugal », le « limon-poirette », ou encore le citron « mela-rosa ».

Le « Magistrat des Citrons » et les trois principales catégories de production. Au début du XVIIIᵉ siècle, bien que la production familiale, qui avait caractérisé l’introduction de cette culture dans la région, demeurât prédominante, fut institué le « Magistrat des Citrons » (Magistrato de’ Limoni), chargé de superviser la récolte et la commercialisation de la production locale à Bordighera, Menton et Vintimille. Le Magistrat veillait à l’application des « chapitres » (règlements) par l’intermédiaire de contrôleurs des fruits, assistés d’experts-évaluateurs. Ceux-ci étaient chargés de recruter les cueilleurs et de fixer les prix du marché. Les propriétaires de citronneraies ne pouvaient ni intervenir dans les opérations de récolte ni cueillir eux-mêmes leur production ; ils ne percevaient leur dû qu’à la fin de la campagne. Deux de ces règlements définissaient le calibrage des citrons, tant du point de vue de leur maturité que de leur qualité, en les classant selon les différents marchés auxquels ils étaient destinés. Des anneaux pour le calibrage des citrons étaient employés à cet effet (Alberto Politi. Ospedaletti un po di storia. Alzani 1995). On distinguait généralement les « citrons à l’allemande », destinés aux marchés d’Europe centrale ; les citrons et cédrats « à la juive », destinés à la célébration liturgique des Cédrats (Etrog). Ils étaient récoltés avec leur pédoncule et une ou plusieurs feuilles, puis expédiés dans de grands paniers en osier, en même temps que les cédrats cultivés dans la plaine de Carnoles, près de Menton ; enfin, les fruits destinés au pressoir, utilisés pour l’extraction du jus ou la transformation industrielle (Source : Luigino Maccario 1995. Gli agrumi nel Ponente Ligure). Lien

ESSENCES & HUILES ESSENTIELLES. Les agrumes ont la particularité rare de posséder (dans leur écorce) des principes aromatiques suffisamment concentrés pour être extraits directement. Nommés Essences, ces extraits sont probablement les premiers à avoir été exportés à partir de l’orangeraie de la Riviera italienne, ainsi que le simple jus de citron, lequel permettait de produire un article précieux à l’époque, l’acide citrique (très prisé des marins afin d’éviter la terrible maladie dénommée « scorbut »).
* Les essences d’écorces & l’extraction par expression à froid. La méthode originelle, dite parfois « à la cuillère », consiste à gratter manuellement les écorces avec une cuillère ou une râpe pour briser les sacs oléifères. Il faut environ 1500 fruits pour produire ainsi un kilogramme d’essence de citron. Cesare da Prato dans le Guido di Sanremo (1876) rapporte que ”il était courant de râper les citrons afin d’en extraire l’essence. Celle-ci, conditionnée dans de petites bouteilles, était ensuite transportée en France, où elle était utilisée pour de multiples usages”. Lien
* Le limonier de Saint-Remi (Limon Sancti-Remi, Limone di San-Remo, Citrus Limonum Sancti-Remi) et l’àgru di limone. Dit aussi Aigre de Cèdre, il s’agit du «suc qu’on exprime d’une certaine espèce de citrons à demi murs qui viennent de Borghère près de S. Remo.» nous apprend le Dictionnaire universel de commerce, d’histoire naturelle et des arts et métiers (Genève 1742. Sv Citron). «L’acide citrique se trouve en plus grande abondance dans le suc de ce limon», ajoute le naturaliste Risso dans son Histoire Naturelle des principales productions de l’Europe Méridionale …/… et principalement de celles des environs de Nice et des Alpes Maritimes (1926, Volume 1 Sv C. L. Sancti Remi). Tous les fruits de rebut ainsi que les fruits de petit calibre n’étaient pas exportés. Ils étaient transformés par des entrepreneurs locaux qui produisaient le jus de citron, appelé « l’àgru », lequel était commercialisé aussi bien en Italie que dans le reste de l’Europe. À partir de ce jus acheté auprès des producteurs locaux, des industries de Gênes et de Nice fabriquaient de l’acide citrique, utilisé dès le XVIIIᵉ siècle comme remède indispensable contre le scorbut. Les principaux centres de production étaient Vintimille, Latte et Bordighera. Le jus était conditionné dans de grandes bouteilles d’une contenance d’environ huit litres, appelées « bombones ». L’acide citrique servait également à la fabrication de boissons, à la teinture de certains tissus et trouvait de nombreuses applications médicales, notamment comme hémostatique et astringent. À Nice, pour la fabrication de l’acide citrique, on ajoutait au jus de citron celui du bigaradier (Citrus aurantium), dont les fruits étaient localement appelés « bigarandi ». Afin de neutraliser et de traiter le jus, on utilisait des argiles blanches extraites dans la région, et l’on construisit un four spécial destiné à l’évaporation. Au cours des premières années de production du jus de citron, conformément aux prescriptions des règlements du Magistrat des Citrons, on employait la « naveta da cavare l’agro de limoni », une sorte de presse artisanale permettant d’extraire le jus. Par la suite, afin d’accroître les volumes de production, cette méthode fut remplacée par le pressage au moyen de pressoirs. Cette évolution eut toutefois pour conséquence une dégradation de la qualité du produit, entraînant une diminution de sa valeur commerciale et un recul des débouchés sur les marchés (Source: Maccario Luigino 1995. Gli agrumi nel Ponente Ligure). Lien

Huiles essentielles & eaux parfumées. Les principales productions attestées à la fin du 17° siècle dans les orangeraies de Sanremo & Bordighera montrent que les cultivateurs ligures maîtrisaient déjà la distillation, et même la double distillation, des parties aromatiques des agrumes, les fleurs comme les feuilles avec au 18ème siècle entre 20 et 25 millions d’agrumes et diverses huiles, eaux et essences dont voici les principales :
*Spirito di limoni agri, dolci e cetroni dolci. Il 22 dicembre 1692. Viene data licenza di fare spirito di limoni agri, dolci e cetroni dolci quali però sijno compri per mano di sensale pubblico e che detti censali non possino li limoni agri esser compri meno di lire otto il migliaio.
*Fiori di cetrone. Il 4 maggio 1710. Sentiti gli inconvenieti che seguono in rubbar pomi e fiori di cetrone sopra gli alberi in grave danno agli padroni de giardini, hanno proibito a qualunque persona di comprar fiori di cetrone fuor dai veri padroni dei giardini.
*Essenza di limonesi. Dal copia lettere (Dal Gennaio 1767 al al 23 marzo 1769) la penultima lettera del 23 marzo, indirizzata a Mentone al Sig. Franco Anton Gismondi ”… L’essenza di limonesi paga lire 5.12 a 16 – io però ne tengo due stagnoni di quella fatta prima del gelo e compra da particolari incapaci di farti alcun per frando che a meno di L. 6 -10 non voglio rilasciarla, se mai farebe al vostro bisogno sarò a servirla a detto limite non a meno.
*Acqua di fior di aranci doppiamente distillata. Piaccervi di far nota di prendermi 20 o 25 fiaschi grandi d’acqua di fior di aranci della più perfetta e doppiamente distillata perché deve servire ad una certa casa di Londra, in maniera che l’amico resti ben soddisfatto.
*Olio estratta dalle foglie. Non solo dai fiori , ma anche dalle foglie so estraeva olio, tale operazione era seguita da privati, dai profumieri per loro uso e dai farmacisti per esercizio pubblico. Source: Lui Cerin 2012. Delibere del consiglio di Sanremo. Lien

Ill. le bigaradier ou oranger amer dont les fleurs, les feuilles, l’écorce et la pulpe sont toutes utilisées en parfumerie (Illustration Risso 1826)

LA BIGARADE ET L’INDUSTRIE DES PARFUMS. Au moyen-âge, les agronomes arabes introduisent en Méditerranée l’oranger amer, le bigaradier. Grâce à ses qualités de porte greffes, cet arbre rustique permettra l’extension de la culture d’espèces plus délicates. Un véritable trésor se cachait par ailleurs derrière son aspect ingrat et ses fruits amers. Ses fleurs délicieusement parfumées donnèrent en effet naissance aux parfums modernes. La Côte d’Azur fut le centre principal de cette activité, dont le succès ne s’est jamais démenti. Quelques 300 000 arbres seront plantés, créant un paysage dont le tourisme allait assurer la pérennité. On recensait traditionnellement quatre principales variétés :
–la variété commune, qui sert essentiellement de porte-greffes,
–les Bouquetiers employés en parfumerie,
–une variété destinée aux confitures moins acide,
–la variété Myrtifolia qui sert elle aussi en confiserie.
C’est aussi à la famille des bigaradiers qu’il faut rattacher le Bergamotier dont on tire l’essence de Bergamote. Concernant la fleur d’oranger, les agriculteurs du terroir grassois parvinrent à fixer certaines particularités de l’arbre, par la maîtrise des techniques complexes de la greffe, et des mutations spontanées qui caractérisent l’ensemble des agrumes. Les principales dénominations des variétés de bigaradiers, suivant les localités, sont les suivantes:
–La variété sauvage,
–Le bigaradier à feuilles ovales,
–L’oranger à petites fleurs,
–La grosse fleur ou grosse épine, ou double,
–La petite épine ou demi-grosse,
–La riche dépouille,
–Le Jinjourlier.

Nerolium & neroli: l’orangeraie de Vallauris & les coopératives à parfums. Créée au début du siècle, la coopérative du Nérolium, était centralisée à Vallauris, où se trouvait l’usine de distillation toujours en fonction à Golfe-Juan. C’est lors d’une exposition organisée au Nerolium jutse après la guerre que Pablo Picasso allait rencontrer la céramiste Suzanne Ramié. L’année suivante, le célèbre peintre s’installe à Vallauris. Le Nérolium comptera plus d’un millier d’adhérents, avec des sections locales dans toutes les villes du littoral, entre Cannes et Saint-Laurent du Var. L’oranger amer commence à produire vers 10 ans. Il est en pleine production vers l’âge de 20 à 30 ans et donne alors trois sortes d’essences, ainsi que de nombreux sous-produits destinés aux industries de la confiserie ou à l’herboristerie. La plus prestigieuse de ces productions aromatiques est sans conteste l’essence dite de neroli, du nom d’une comtesse italienne qui en popularisa l’usage. Composant essentiel de l’Eau de Cologne, elle est aussi à l’origine de nos parfums modernes. Le neroli est en effet l’un des composants du parfum mythique de Chanel, le N°5. On récoltait dans les années fastes jusqu’à 2000 tonnes de fleurs. L’orangeraie azuréenne procurait par ailleurs les essences extraites des feuilles et des écorces de bigarade, ainsi que des matières destinées à la confiserie. Sur la côte d’Azur, les habitants de Vallauris Golfe-Juan récoltent encore les fleurs des orangers amers, pour en extraire une eau réputée pour ses arômes délicats, indissociables de la gastronomie locale. Lien

Ill. La fête des citrons (photo Saskia Heijltjes Creative commons)

L’ORANGERAIE MENTONNAISE & LA MODERNITÉ. L’agrumiculture mentonnaise relève, jusqu’au 19° siècle, de la Principauté de Monaco dont la commune fait partie. Au début du siècle suivant, sa production demeure importante mais son déclin s’amorce rapidement. Son orangeraie entre dès lors dans le domaine du patrimoine, avec l’initiative de la fête carnavalesque des citrons qui perdure de nos jours. Une initiative qui a aussi permis de relancer récemment les cultures locales.

*Le citron de Menton et le revival de l’orangeraie mentonnaise. Trois variétés de citronnier étaient cultivées à Menton. Il s’agit des « Bignettes » qui produisent des fruits à peau lisse et fine, très juteux. Ensuite les « Sériesqués » à peau épaisse et lisse et qui contiennent moins de jus que les Bignettes. Enfin les « Bullotins » peu courant à Menton. Les fruits sont plus gros, leur peau est très épaisse et raboteuse » et ont peu de jus. Afin de redynamiser la production, les agrumiculteurs mentonnais ont créé l’Association Pour la Promotion du Citron de Menton (APCM). En 2015, le Citron de Menton bénéficie d’une IGP (Indication Géographique Protégée) qui reconnait officiellement, au niveau européen, ses propriétés et sa qualité. Lien

*L’orangeraie mentonnaise et les statuts de la Principauté de Monaco (1678). « Il demeure prohibé à qui que ce soit, nul excepté de pouvoir vendre, acheter ou passer tout autre contrat sur les citrons de Menton, avant que leur prix n’ait été établi comme il est dit ci-dessous avec les conditions et accords qui auront été estimés les plus convenables, suivant l’occurrence des temps et cela pour que 1’on puisse, plus utilement et avec certitude, délibérer sur la valeur et la teneur de pareils contrats. Dans 1’avenir, le Conseil Public de ce lieu, sera composé de 18 conseillers qui seront désignés, chaque année par Nous, lesquels, lors de leur nomination, seront tenus de jurer, entre les mains de notre Capitan et Gouverneur, sur les Saints Évangiles, qu’ils donneront toujours leur vote respectif en toute bonne foi et selon ce qu’ils estimeront plus conforme au bien commun, laissant de côté toute passion et intérêt privé et qu’ils observeront, ponctuellement, le contenu des présents chapitres. »  Les statuts de 1678 concernant la vente des citrons à Menton nous permettent de connaître les dispositions légales et le rôle des gens responsables des cueillettes, notamment des « conseils agricoles ». Le prince nommait « des délégués », le Comité (ou « magistrat des citrons ») choisissait des « Préposés » qui organisaient la cueillette, surveillait les cueilleurs appelés « Tagliatori ». Les délégués contrôlaient la cueillette et ils s’assuraient que tous les exportateurs de citrons (qui allaient être vendus) aient bien pays « les droits » (impôts). « Les citrons doivent être cueillis secs, par temps serein. Ils doivent être transportés dans les corbeilles doublées de toile. Si on utilise une échelle elle ne doit pas abîmer les branches. Les cueilleurs ne doivent pas porter de souliers à clous. » Les porteurs de citrons s’appellent les « limoneuses » ou « limonaires ». Vers la fin du XIXe siècle, les citrons se vendent en caisse de 400 fruits environ. Le prix est calculé par « mille » et se situe entre 20 et 25 francs le mille. Les meilleures années, on a cueilli jusqu’à 40 millions de citrons. Depuis le XVIIIe siècle, les citrons étaient expédiés vers Lyon, Marseille, Bordeaux, Strasbourg, Paris, Milan, Turin, Bruxelles, Amsterdam, Copenhague, Francfort, Hambourg, Dantzig, Varsovie. Lien

PARFUMS & LANDART: ACTUALITÉ DE L’ORANGERAIE LIGURE. Cette manifestation était consacrée à l’actualité de la parfumerie sur la Riviera italienne, en collaboration avec le musée Irene Brin et son jardin paysager de palmiers réalisé par Maria Dompe. Elle évoquait notamment l’histoire d’un parfum emblématique, le N°5 de Chanel, au travers de la remise en culture dans la région de deux de ses principaux ingrédients: la rose de mai et la fleur d’oranger. La Riviera italienne possède par ailleurs une riche tradition de jardins historiques. Admirés et dépeints (entre autres) par Charles Garnier, Claude Monet ou Pompeo Mariani, ces jardins remontent aux sources médiévales de la parfumerie azuréenne, avec la création de la palmeraie de Bordighera et ses jardins d’agrumes. Une initiative de l’association culturelle Irene Brin en collaboration avec Passions Végétales, et les parfumeurs Essense & Vecchia Distilleria, Tanis, Tribal Trip, Teatro del’Albero et Via Dritta 37. Programme : Lectures ateliers musique & stands. Dégustation (gratuite) de saveurs du terroir.

DIORLING BY DIOR. Maria Vittoria Rossi, mieux connue sous son pseudonyme Irène Brin, débute une carrière littéraire à l’âge de vingt ans, en 1934. A la fin de la guerre, elle ouvre à Rome sa propre galerie, « L’Obelisco », qui prend bientôt une importance majeure dans le paysage culturel de la capitale italienne. En 1950, elle est remarquée par Diana Vreeland, rédactrice en chef de la revue Harper’s Bazaar. Elle devient sa première collaboratrice en Italie, en faisant connaître dans les pages du magazine newyorkais le Made in Italy dans le domaine de la mode. Diorling de Christian Dior est un parfum Chypré pour femme. Il a été lancé en 1963. Le nez derrière ce parfum est Paul Vacher. Les notes de tête sont Jacinthe et Bergamote; les notes de cœur sont Iris, Jasmin, Rose et Muguet; les notes de fond sont Vétiver, Musc, Patchouli, Mousse de chêne et Cuir (Illustration collection Irene Brin).

CHANEL & LE TERROIR AZUREEN. La Riviera italienne est étroitement liée à l’histoire de la parfumerie grassoise, où cette tradition connait actuellement un revival relatif aux plus prestigieuses de ses productions. Il s’agit notamment du neroli et de la rose centifolia, deux des ingrédients du mythique N°5 de Chanel. Depuis près d’un siècle, CHANEL s’approvisionne à Grasse, et contribue activement depuis 1987 à pérenniser la culture du jasmin et de la rose. Aujourd’hui, la culture s’étend à d’autres plantes à parfum, allant de l’iris au géranium en passant par la tubéreuse. Cinq récoltes exceptionnelles, qui sont réservées exclusivement aux parfums de CHANEL. A l’instar de la Haute Couture qui protège le savoir-faire unique des métiers d’art, les parfums de CHANEL participent ainsi à la conservation d’un patrimoine légendaire. Les senteurs qui entrent dans la composition de Chanel No 5 sont (parmi un total de 80 ingrédients) : * Les Notes de tête : Majeure : aldéhyde / Mineure : néroli, citron, bergamote * Les Notes de cœur : Majeure : ylang-ylang / Mineure : jasmin, rose de mai, iris, muguet * Les Notes de fond : Majeure : vétiver / Mineure : santal, musc, vanille, civette, cèdre.

ESSENSE: Monica COTTA. Créée au début du 20° siècle, la distillerie Cotta est l’une des dernières de la région encore en activité. Elle se trouve sur les collines du chef lieu de la Province, Imperia. Ces dernières années, l’entreprise familiale s’est lancée dans la production de cosmétiques, à base de lavande ainsi que de rose et notamment la Rose centifolia (dite aussi Rose de mai). Link

VECCHIA DISTILLERIA: Pietro GUGLIELMI. Fondée à la fin du 19° siècle à Vallebona, la distillerie Guglielmi produisait principalement des eaux et des essences de fleurs d’orange amère. A partir des années 60, alors que le marché était en plein déclin, les plantations connurent une série de gels successifs qui conduisirent à l’arrêt temporaire de l’activité. L’extraction d’essences de neroli (à partir de la fleur d’oranger) a désormais revu le jour. Link

VIA DRITTA 37 & Elisabeth GIRIBALDI: SAVONNERIE & PARFUMERIE. Issu originellement des sous-produits de l’olivier, le savon est un cosmétique essentiel mais aussi un support idéal en matière de parfumerie qui fait l’objet de productions locales.

LECTURES par Loredana De Flaviis (Teatro del’Albero) 1) Profumi: da Galateo 1953: a firma Contessa Clara. 2) Spigolature: dal Corriere d’informazione anni ’60. 3) Consigli di bellezza: da La Stampa 1942. 4) Il signore si fa la faccia :da Corriere d’informazione anni ’60. 5) Articolo su Molyneux detto « Il capitano »: da Corriere d’informazione 1966. 

CONCERT par Tribal Trip: Roberto Anastasio / Vincenzo Barletta / Giuliano Porcida. Io Flauto Shakuhachi e Didgeridoo, Tamburo basso, Dun Dun, Stompbox, Bastone della pioggia, Shnati, Djembe e effetti sonori.

INSTALLATION: Petrichor par Tanis : Le  domaine  des  parfums,  des  odeurs,  est  immatériel.  En  cela  il  est semblable à une œuvre d’art. Le plasticien Renaud Arrighi propose la conjonction entre une représentation des  formes  tutélaires  de  la  Nature  que  sont  les Objets Fractals  –  matérialisés  ici  en  acier  thermolaqué  –  et  cinq  bouquets olfactifs inspirés de la philosophie chinoise (Bois, Feu, Terre, Métal, Eau). Link

LE RETOUR DU CÉDRAT EN CORSE L’introduction du cédratier en Corse remonte à l’époque où l’île appartenait à la République de Gènes, l’actuelle Riviera italienne. Après des décennies d’absence, l’orangeraie du Cap Corse et son fruit historique connaissent une nouvelle vie à l’initiative des cultivateurs de la région. Les principales productions du Cap étaient les confitures, confiseries et liqueurs, mais le cédrat est aussi une plante utilisée en parfumerie et en cosmétique. Xavier Calizi a remis en culture en 2008 les terrains familiaux de son village natal, avec 4 hectares de cédratiers. Il a aussi planté  une collection variétale qui permettra de découvrir quinze variétés de cédratiers, dont la plus spectaculaire est le cédrat « Maxima » qui peut atteindre 8 kilos ainsi qu’une ligne de cosmétiques, Cidralis. Source Ecomusée du cédrat.  Lien