
ESPACE VÉCU ESPACE PERÇU: ETHNOLOGIE ET GÉOGRAPHIE. Nos travaux sur le territoire et les modalités de son appropriation interrogent plus particulièrement la géographie, à partir du folklore et de l’histoire des religions. Ils visent notamment à dégager, autour d’exemples méditerranéens, les principales caractéristiques de ces représentations et leurs évolutions. La capacité de l’homme à représenter l’espace relève apparemment d’un invariant culturel d’une grande universalité. Ces représentations semblent aussi s’inscrire dans une opposition structurelle entre espace vécu et espace perçu, dont attestent les recherches des psychologues, des archéologues, des ethnologues et des géographes. Elles voient le jour avec les monuments préhistoriques qui marquent les limites d’un territoire, suivis des premières cartographies des itinéraires maritimes et bien plus tard des représentations paysagères de la Renaissance. L’image concentrique d’un cosmos centré autour du corps humain, de sa maison et de son terroir demeure dominante. Au-delà des frontières qui délimitent ces territoires, un monde inconnu et inquiétant subsiste cependant, incarné par la mer et ses îles. Les nouvelles technologies sont-elles en train de remettre en cause ces représentations traditionnelles ou de les renouveler ? C’est l’une des interrogations que posent les développements contemporains de la cartographie grâce aux outils performants issus des technologies informatiques. Nos réflexions se prolongent à ce propos sur notre page web intitulée Art, Science & Landscape.

GÉOGRAPHIE MYTHIQUE ET TOPONYMIE. Toponymie légendaire des Iles corses (Actes des 3° Journées Universitaires Corses de Nice, 19-20 mai 1995). Si l’ethnologie étudie, comme l’archéologie, les vestiges du passé, son approche est toutefois différente. Lorsque l’ethnologue recherche ainsi les survivances d’un antique système de croyances c’est à travers d’un vaste corpus de légendes, traditions ou rituels. Le « matériau » de l’ethnologie diffère donc, de par sa nature, de celui de l’archéologie. Si l’on y retrouve des phénomènes d’emprunt, de diffusion et de contact, il possède sa propre logique, qui est celle du récit. Par là même, l’ethnologie s’apparente à la critique littéraire. Dans le riche « matériau » comparatif auquel emprunte l’ethnologie, la toponymie représente un domaine du plus grand intérêt qu’elle partage avec les géographes et les historiens. Lien

TERRITOIRE ET CARTOGRAPHIE
Les enjeux de la cartographie dans les Alpes méditerranéennes au travers de l’exemple de Bordighera. De tout temps l’homme a cherché à se situer dans l’espace, à connaître et explorer le territoire qui l’entoure. La carte met plus particulièrement en scène les enjeux et les relations de l’homme avec le territoire, car elle répond souvent à une volonté de contrôle de l’espace et de ses ressources. Région de frontières par excellence, les Alpes Méditerranéennes en offrent une bonne illustration au travers de l’histoire de leurs représentations topographiques. Les cartes et les itinéraires présentés ici visent à offrir un lien entre tradition et modernité, au travers d’un dialogue entre les cartes anciennes et la cartographie interactive contemporaine dans sa dimension anthropologique. Lien
Voir aussi : Les enjeux de la cartographie dans les Alpes méditerranéennes: San Biagio. Lien

FRONTIERE ET TERRITOIRE. L’effet frontière et l’écriture du paysage. Quelques réflexions à propos des “Observations … d’un cultivateur de Diano” en 1818, Nice Historique 1996. Un observateur attentif peut encore retrouver la trace d’une certaine unité du paysage autour des vastes terrassements qui s’étageaient des rivages de la mer au sommet des montagnes des Alpes méditerranéennes. Avec leurs “jardins” suspendus, offrant toutes les variétés de cultures en fonction des étages climatiques, ils composaient un tableau végétal varié et luxuriant. Ces “jardins de terrasses” témoignent de l’existence d’une société originale, fondée sur une économie autarcique, et qui sut tirer le meilleur parti d’un « écosystème » varié et complexe.Lien

LIEUX DE MÉMOIRE, MÉMOIRE DES LIEUX: BORDIGHERA JUDAICA. La carte répond aussi à des enjeux identitaires, visant au contrôle de l’espace et de la mémoire collective qui lui est associée. Située en Italie, à la frontière de la France et de la Principauté de Monaco, la palmeraie de Bordighera représente un espace de rencontre et d’échange interculturel exemplaire à plusieurs égards. Au-delà du témoignage sur la genèse d’un patrimoine paysager transfrontalier, elle s’inscrit en effet dans l’histoire de la mémoire juive en déshérence dans cette région comme dans l’ensemble de l’Europe. Les lois raciales de 1938 et la tragédie de l’Holocauste ont en effet effacé les traces de la présence juive sur la Côte d’Azur italienne, lesquelles perdurent toutefois au travers des jardins historiques et botaniques de notre réseau « Riviera Gardens ». Quatre de ces jardins historiques patrimoniaux sont ainsi ouverts au public à Bordighera. Ils témoignent de plus de cinq siècles d’une histoire qui a mis en contact le monde méditerranéen et les civilisations qui l’abritent. Lien
Un exemple d’amnésie collective : l’histoire française de Nice (article en préparation). L’idée commune selon laquelle les identités se fondent sur la mémoire est une construction idéologique. Elle repose sur un processus bien connu de «naturalisation», résultant de l’application de concepts psychologiques, d’ordre individuel, à des phénomènes sociaux. Cette recherche en cours de rédaction s’intéresse au contre-exemple d’une identité collective fondée sur l’oubli, l’invention de l’histoire française de Nice lors du rattachement de cette région à la France. Dans quelle mesure est-on fondé à parler d’oubli ou d’amnésie en matière d’histoire et de sociologie et qu’entend-on plus précisément par ces termes, qui relèvent originellement du domaine des pathologies de la mémoire?