
Abstract. Les identités professionnelles représentent une thématique de recherches majeure en matière de sociologie du travail. Elles sont abordées ici au travers des évolutions industrielles qui ont concerné la riviera italienne à l’époque du fascisme. Ces évolutions s’inscrivent dans le contexte de l’impact de l’industrie grassoise de la parfumerie et de ses savoir-faire agricoles, industriels, techniques et scientifiques sur l’ensemble de cette région de frontière entre la France et l’Italie. Elles concernent à la fois la métamorphose des paysages et celle des identités professionnelles. Les progrès des techniques ont joué un rôle majeur dans l’histoire de la parfumerie moderne et de l’évolution de ses métiers. La région de Grasse est, depuis la fin du moyen-âge, l’un des principaux centres de cette industrie. Son essor remonte à l’exploitation des propriétés aromatiques de plantes autochtones utilisées pour la production de cuirs parfumés. Les parfumeurs grassois diversifièrent par la suite leurs productions, en passant des objets parfumés aux huiles essentielles. Cette révolution repose sur une invention arabe, l’alambic, et ses perfectionnements successifs dans l’Espagne andalouse sous domination musulmane ainsi qu’en Italie. Les parfumeurs grassois développèrent par ailleurs une technique d’extraction par solvants, qui permettra d’exploiter les parfums délicats des fleurs. A la fin du 19ème siècle, ces procédés concernaient ainsi la rose, le jasmin, la jonquille, le réséda ou la tubéreuse. Ils connurent aussi une grande extension en Italie, sous l’influence des industries chimiques regroupées sous la dénomination de «Federazione Nazionale Fascista degli Industriali dei Prodotti Chimici».
Sommaire
1.LA RIVIERA FRANCO-ITALIENNE & LES CULTURES DE PLANTES A PARFUM
2.L’ESSOR DE LA PARFUMERIE EN ITALIE AU XX° SIECLE
2.1 Chimie et parfumerie dans l’Italie fasciste
2.2 La parfumerie italienne et la riviera dei fiori
3.POSTFACE & BIBLIOGRAPHIE
Citer cet article: CASTELLANA Robert 2018. Le fascisme et le développement de la parfumerie sur la Riviera italienne: bibliographie commentée. CRP Edition. Publication en ligne. Lien
1. LA RIVIERA FRANCO-ITALIENNE & LES CULTURES DE PLANTES A PARFUM

Fragrances d’azur : les plantes à parfums et les étages climatiques de la végétation azuréenne. C’est au moyen-âge que les parfums s’imposent en Europe, avec le commerce des encens et des épices venus d’Orient. L’industrie grassoise s’appuya originellement sur la richesse de son terroir, avec les plantes autochtones et des anciennes introductions de plantes étrangères, notamment celle des agrumes du fait de la forte concentration d’huiles essentielles qui les caractérisent. Servis par la proximité de l’Université de Montpellier et par une tradition bien établie de commerce avec la Méditerranée orientale, les parfumeurs grassois se spécialisèrent très vite dans l’extraction des parfums les plus délicats, ceux des fleurs, comme la rose, le jasmin et l’oranger. Pour la production des huiles essentielles, l’industrie de la parfumerie nécessitait la production de grandes quantités de matières premières. Il faut en effet souvent plusieurs centaines de kilos de matière première pour produire quelques litres d’essence aromatique. Les importants besoins de la parfumerie allaient rapidement donner naissance à une industrie dévoreuse d’espaces. Les cultures de plantes aromatiques ont ainsi façonné le paysage et l’identité des Alpes méditerranéennes. Elles connurent leur apogée entre le XIX° et le XX° siècle, avant de céder plus récemment la place à la villégiature et aux jardins d’agréments. On produisait alors quelques 2000 tonnes de fleurs d’oranger, 1000 tonnes de roses, 500 tonnes de jasmin et 300 tonnes de violettes, ainsi que des quantités significatives de tubéreuse, de géranium, d’héliotrope, de jonquille, de réséda, d’œillet, cassier et autres espèces (près d’une trentaine). Malgré une régression spectaculaire, ces cultures participent toujours à l’imagerie exotique qui a fait le succès international de la Côte d’Azur. Lien

Le bigaradier (ou oranger amer) et l’orangeraie azuréenne. Cet arbre (décrit ici par Risso en 1826), dont les fleurs, les feuilles, l’écorce et la pulpe sont toutes utilisées en parfumerie, est l’une des cultures de plantes aromatiques historiques majeures de la riviera franco-italienne. En ce qui concerne la partie italienne, elle produisait au 18ème siècle entre 20 et 25 millions d’agrumes et diverses huiles, eaux et essences dont voici les principales :
*Spirito di limoni agri, dolci e cetroni dolci. Il 22 dicembre 1692. Viene data licenza di fare spirito di limoni agri, dolci e cetroni dolci quali però sijno compri per mano di sensale pubblico e che detti censali non possino li limoni agri esser compri meno di lire otto il migliaio.
*Fiori di cetrone. Il 4 maggio 1710. Sentiti gli inconvenieti che seguono in rubbar pomi e fiori di cetrone sopra gli alberi in grave danno agli padroni de giardini, hanno proibito a qualunque persona di comprar fiori di cetrone fuor dai veri padroni dei giardini.
*Essenza di limonesi. Dal copia lettere (Dal Gennaio 1767 al al 23 marzo 1769) la penultima lettera del 23 marzo, indirizzata a Mentone al Sig. Franco Anton Gismondi ”… L’essenza di limonesi paga lire 5.12 a 16 – io però ne tengo due stagnoni di quella fatta prima del gelo e compra da particolari incapaci di farti alcun per frando che a meno di L. 6 -10 non voglio rilasciarla, se mai farebe al vostro bisogno sarò a servirla a detto limite non a meno.
*Acqua di fior di aranci doppiamente distillata. Piaccervi di far nota di prendermi 20 o 25 fiaschi grandi d’acqua di fior di aranci della più perfetta e doppiamente distillata perché deve servire ad una certa casa di Londra, in maniera che l’amico resti ben soddisfatto.
*Olio estratta dalle foglie. Non solo dai fiori , ma anche dalle foglie so estraeva olio, tale operazione era seguita da privati, dai profumieri per loro uso e dai farmacisti per esercizio pubblico. Source: Lui Cerin 2012. Delibere del consiglio di Sanremo. Lien
Voir aussi à ce sujet: CASTELLANA R. 2017. Culture, introduction et diffusion de plantes à usages rituels en Méditerranée occidentale: l’orangeraie azuréenne. Bioarchive (édition en ligne). Lien
2. L’ESSOR DE LA PARFUMERIE EN ITALIE AU XX° SIÈCLE
L’apport de la Riviera italienne aux développements de la parfumerie est demeuré marginal et largement méconnu. Il faudra attendre l’essor du tourisme, au tournant du 20° siècle, pour que la parfumerie italienne prenne son envol, avec les développements de la floriculture et dans le contexte chaotique du fascisme de l’entre guerre. A cette époque, l’industrie grassoise innovait une révolution due aux développements de la chimie, l’extraction par solvants volatils. Elle avait été précédée par l’invention de l’enfleurage à froid, un procédé permettant d’extraire grâce à des graisses les parfums particulièrement délicats des fleurs. La Riviera italienne joua à cette époque un rôle important sous l’impulsion de l’industrie chimique de la péninsule.
2.1 CHIMIE & PARFUMERIE DANS L’ITALIE FASCISTE

La Revue Essenze e Profumi (née vers 1919 et devenue en 1933 “Rivista italiana essenze, profumi e delle piante officinali, Organo di propaganda del gruppo produttori materie aromatiche della Federazione nazionale fascista degli industriali dei prodotti chimici ed affini”) fédéra les industriels des industries chimiques de la Péninsule. Sa propriétaire, Emma Levi FENAROLI, était issue d’une famille juive de Turin. En 1919, contrainte de céder le laboratoire où elle avait travaillé avec son mari, elle consacra l’essentiel de son activité au développement de la Revue italienne des essences et des parfums (Rivista italiana essenze e profumi), fondée à l’initiative du chevalier Riccardo Subinaghi, l’un des pionniers de l’industrie italienne des huiles essentielles. Devenue par la suite propriétaire de cette revue, Emma Fenaroli œuvra pendant de nombreuses années afin de réunir les producteurs italiens d’essences au sein d’une seule organisation professionnelle. Elle atteignit cet objectif avec la création, le 8 mai 1926, de l’Union italienne des producteurs de matières aromatiques (Unione Italiana Produttori Materie Aromatiche), dont le siège fut établi à Milan. Elle fut mise à l’écart de la revue suite aux Lois Raciales promulguées en 1938 (Source SCORANNO G. 2008. La chimica italiana). Lien

L’extraction par solvant fait partie des progrès de la chimie qui ont joué un rôle majeur dans la naissance de la parfumerie moderne. À partir des années 1890, elle s’impose à Grasse comme une innovation qui marquera durablement l’essor de la parfumerie moderne. Cette technique, utilisée notamment pour la rose, le jasmin, la tubéreuse ou la jonquille, consiste à dissoudre les substances odorantes des fleurs dans un solvant afin d’en extraire les composés aromatiques. Après plusieurs étapes d’extraction, de filtration et de purification, on obtient d’abord une concrète, mélange de cires et de matières parfumées. Traitée à l’alcool, celle-ci permet d’isoler les essences odorantes qui, après distillation, donnent une absolue, extrait très concentré et précieux utilisé en parfumerie. Ce procédé est également appliqué à des matières végétales sèches, comme les résines, les gommes et les lichens, pour produire des résinoïdes, principalement employés dans la fabrication de savons parfumés.

Les industriels de la chimie en 1896 (rassemblés ici autour de Stanislao Cannizaro dont la découverte de la dismutation des aldéhydes aromatiques porte le nom). La chimie appliquée, issue de la production d’armes chimiques pendant la grande guerre, allait jouer un rôle important sous le régime fasciste. D’une part, grâce à l’intervention de l’État, soucieux de promouvoir une production conforme à la politique d’autarcie. D’autre part, parce que nombre de chimistes ont alors adhéré au régime. Si les chimistes n’ont pas été les seuls scientifiques italiens à soutenir le fascisme, ils ont constitué un groupe des plus nombreux (Source SCORANNO G. 2008. La chimica italiana). Lien

La foire de Milan de 1931 & le palais des parfums. Les initiatives de promotion de la parfumerie vont se multiplier sous l’impulsion du fascisme. À la Foire de Milan de 1931 les principaux parfumeurs italiens — parmi lesquels Bertelli, Borsari, Cella, Fontanella, La Ducale, Migone, Satinine et Valli — exposent ainsi leurs productions dans les stands du Palais des Parfums. Cette exposition visait à montrer la place active occupée par la parfumerie dans le panorama industriel, par son implication dans des secteurs allant de la chimie à la mécanique et à la verrerie, en passant par la mode. Lien
2.2 LA PARFUMERIE ITALIENNE & LA RIVIERA DEI FIORI

Sanremo & l’essor de la floriculture ligure (Couverture de la Revue Profumi Italici éditée à Sanremo en 1926). Les tentatives de modernisation de la parfumerie, initiées avant la 1ère guerre mondiale dans la région ligure, font l’objet d’un constat d’échec au début des années 1920. En cause, le manque de matière première, malgré l’utilisation de la flore indigène (comme la lavande ou le thym) et l’essor de la floriculture qui avait nourri de grands espoirs. Les plantes cultivées pour les fleurs coupées ne contiennent en effet que peu d’éléments aromatiques, à part les roses Brunner et de Mai et quelques variétés d’œillets. On ne recensait ainsi qu’une petite centaine d’hectares de plantes à parfum dans la province d’Imperia, et (en 1927) seulement 13 distilleries employant 41 ouvriers, donc une activité qui demeurait essentiellement artisanale. Le développement de la parfumerie industrielle allait toutefois connaître dans les années suivantes une nouvelle impulsion, comme dans l’ensemble de la péninsule italienne, notamment avec Gustavo Vagliandasi qui fut le directeur de la chaire ambulante d’agriculture de San-Remo. Ci-dessous quelques extraits de l’auteur : Quiconque parcourt la campagne de la Riviera durant la saison hivernale ne peut manquer d’être attiré et émerveillé par le spectacle magnifique et surprenant qu’offrent les cultures florales, qui se développent et produisent en plein hiver, en pleine terre et à ciel ouvert. La Riviera est connue pour sa colonie d’hivernants étrangers, pour ses stations climatiques d’hiver et d’été, pour son huile d’olive et pour la tradition maritime du peuple ligure. En revanche, elle est encore peu connue pour ses cultures florales, qui occupent désormais une place de premier rang sur les plans agricole et économique dans l’extrême région ligure, et dont l’importance ne fera que croître et s’affirmer avec l’essor de l’industrie des parfums naturels. Aujourd’hui, la principale destination de ces fleurs est le commerce d’exportation hivernal de fleurs fraîches coupées. Tel est le cas depuis plusieurs décennies, malgré la faible connaissance que l’on avait encore, jusqu’à il y a quelques années, de l’importance agricole et économique de la floriculture et du commerce d’exportation, y compris dans les milieux officiels. C’est bien peu de chose, comparé à ce que ça pourrait être ou ce que ça devrait être. Il s’agit principalement de fleurs spontanées ou de plantes cultivées pour d’autres buts (…) et sans réelle importance économique …/… Depuis longtemps, on exporte en France, à Nice, Grasse et Cannes. L’insuccès dû au refus des fabriques d’acheter la rose de mai est tel que tous les agriculteurs veulent les arracher mais ne savent pas quoi replanter, dans l’ignorance des besoins futurs des parfumeurs. L’auteur rappelle aussi les mesures d’incitation financière et la facilité de mettre en culture des plantes à parfums dans les oliveraies en friche. Il cite les roses, les fleurs d’oranger les violettes, les feuilles d’eucalyptus et l’acacia, ainsi qu’une tentative de valorisation d’œillets pour la parfumerie, mais dont le prix de vente couvrait à peine la main d’œuvre pour la cueillette et la distillation de la lavande (essentiellement sauvage) dont il note la présence dans les montagnes proches de la frontière. Une quarantaine d’alambics à feu direct y étaient en fonction au début du 20 ème siècle rappelle-t-il. (VAGLIASINDI Gustavo 1920. La coltura ed il commercio dei fiori in Riviera, Le Vie d’Italia, 1920, pag. 199-206). Lien

Taggia & l’usine Giovanelli (1920). La période de l’entre-guerre avait toutefois vu un réel essor d’une parfumerie industrielle moderne dans la région, avec la création d’une usine de dimension notable à Taggia dans les années 1920, intitulée «première fabrique italienne de matière première pour la parfumerie, la savonnerie et la pharmacie Giovanelli & C.». Selon son promoteur, cette initiative était portée par la conviction que la Riviera italienne avait les qualités nécessaires pour s’affranchir des productions de la parfumerie française. La distillation s’y pratiquait déjà, des essais avaient eu lieu sur la flore spontanée, et Taggia était alors l’un des principaux centres de culture de la violette.«La fabrique était équipée pour l’extraction par solvant (fleurs délicates : violettes, jasmin, genêt), la préparation des absolues et des concrètes par concentration à l’aide de pompes hydropneumatiques, la distillation à la vapeur et alcoolique. La capacité était si grande que la firme pouvait traiter 1000 tonnes de roses sans préjudice aux autres productions. (…) Elle effectuait aussi l’extraction par enfleurage.» Cette initiative n’aurait toutefois pas trouvé de débouchés auprès des parfumeurs italiens, et il semble que Giovanelli ait dû exporter l’essentiel de sa production, ce que dénonce l’auteur qui stigmatise l’intrusion des parfums synthétiques et regrette le temps de Catherine de Médicis où la suprématie des parfumeurs italiens était incontestée.

Guido Rovesti et le site industriel de Vallecrosia. De 1915 à 1943, Guido Rovesti joua un rôle éminent dans la Federazione degli Industriali dei Prodotti Chimici et dans diverses revues dont Profumi Italici et la Rivista italiana essenze e profumi. Il dirigea aussi et surtout l’usine de la “Societa Italo-Francese Profumi e Prodotti Chimici” de Vallecrosia, un site industriel impulsé à l’époque fasciste et qui comportait plusieurs entreprises, confiserie, chimie, céramique, entreprises industrielles alimentées en eau et en électricité par des infrastructures d’envergure. L’usine comportait des salles de distillation et d’extraction par solvants. L’extraction du parfum des fleurs les plus délicates était pratiquée avec un enfleurage à froid ou dans des bassins chauffés au bain-marie puis pressée et traitée avec de l’alcool. La société Italo-Française de Vallecrosia avait par ailleurs créé une pépinière qui occupait 6 hectares. Elle produisait 345.300 tubéreuse, 15.000 Acacia farnesiana, 130.000 Rose de mai centifolia, 11.500 oranger amer, 85.000 jasmin destinés à la plantation dans les environs de Sanremo.
Source: Rovesti Guido, Milano, Rivista Italiana Essenze e Profumi Gennaio 1921, Anno III, n.1 (scritto promozionale relativo alla prima fabbrica italiana di materie prime per la profumeria e saponeria e farmaceutica Giovannelli & C. di Taggia, Porto Maurizio: con immagini illustrative e riferimenti all’avv. Fedele Jemma, di Roma, con studio a Taggia; al prefetto di Porto Maurizio comm. Cotta, ad Alfredo Giovannelli De Noris, Domenico Nuvoloni, prof. Allegri, Raffaele De Carolis, ing. Arrigo (sindaco di Taggia), avv. Volonterio, avv. Martinelli, Giacomo Gandolfi, L. Vitale della Subinaghi, rag. Rossetto, Alphonse Karr, Ludwig Winter, Nizza, Costa Azzurra, Mortola, Ventimiglia, R. Pavesi, l’antica Tabia ora Taggia, … con alcune immagini della distilleria, prospetti o panoramiche e fasi di lavorazione, con anche visibili alambicchi e una batteria mobile per la distillazione in montagna.
3. POSTFACE
LA PARFUMERIE ITALIENNE: ETAT DES LIEUX AU XX° SIÈCLE.

Dans la seconde moité du XXᵉ siècle, la parfumerie italienne devient l’une des industries les plus importantes et les plus largement implantées sur l’ensemble du territoire national. Les maisons de parfumerie et de cosmétiques qui voient alors le jour avaient soit une production destinée à répondre aux besoins d’une clientèle provinciale ou régionale, tandis que d’autres exportaient avec succès leurs produits à l’étranger. Lien
INDICATIONS BIBLIOGRAPHIQUES
*RIVISTA AGRICOLTURA LIGURE (octobre 1922). «Toutes les zones de Sanremo situées en pied de colline sont indiquées pour la culture du jasmin. (…) on pourrait cultiver des plantes aromatiques, médicinales ou pour la liqueur sur des terrains incultes ou abandonnés, ou encore dans les oliveraies.»
*RUATTI Giuseppe (1929). L’economia floreale della Liguria, pp.81sq. «Il est nécessaire d’obtenir plus encore de la culture des plantes aromatiques et médicinales, ce qui découlera de l’intensification, en particulier de la lavande, du thym, de la mélisse, de la camomille, de la menthe, de l’origan, et en instituant des cultures nouvelles comme la belladone, la digitale, la jusquiame, et le pavot –dont il a été démontré que les quantités d’opium sont similaires à celles obtenues en orient, la teneur en morphine arrive même à 17% et les graines contiennent de 40 à 50% d’huile-, de pyrèthre et de stramoine. Mais il faudra aussi augmenter le travail du myrte, de la sauge sclarée, vu le patrimoine de plantes officinales, à essence et médicamenteuses que possède la province, et qui attendent une meilleure valorisation. »
*STACCHINI, Paolo, DONTE, Vincenzo Guido, GARIBBO, Giovanni. 1934. La provincia di Imperia. Consiglio provinciale dell’economia corporativa, Imperia.
COMPLÉMENTS: la parfumerie et le Fascisme en France. Au début du XXe siècle, le jeune parfumeur François Coty, fondateur de la Société des Parfums Coty (Calvin Klein, Cerruti, Jennifer Lopez, Rimmel, aujourd’hui détenue par la famille Reimann) qui avait fait ses armes chez Guerlain, tente d’importer en France ses préférences politiques, d’inspirations mussoliniennes. A l’époque, l’héritier d’orangeries et de distilleries corses comprend bien vite l’intérêt de la publicité pour attirer les masses et construire un empire : à la veille de la guerre, les parfums Coty deviennent numéro 1 dans le monde avec des succursales à New York, Londres, Moscou et Buenos Aires. En 1920, il se lance dans la politique et cherche à importer en France le fascisme italien : il rachète d’abord « Le Figaro » et « Le Gaulois », qu’il droitise durement, puis soutient une succession de diverses mouvements plus ou moins racistes, comme Le Faisceau de George Valois, l’Action Française, puis les Croix de Feu, dont le siège social est situé dans les locaux du « Figaro ». Avant de fonder, en 1933, sa propre ligue fasciste, Solidarité française, d’obédience maurassienne. Autre figure historique du parfum à l’ère industrielle Eugène Schueller. En 1907, le père de Liliane Bettencourt, la femme la plus riche du monde, fonde le groupe L’Oréal, tout en subventionnant le Comité secret d’action révolutionnaire (CSAR), un mouvement terroriste d’extrême droite surnommé La Cagoule, dont André Bettencourt, son futur gendre, est un militant actif. En 1941, il crée le Mouvement social révolutionnaire, ouvertement pronazi, avec l’approbation du chef de la Gestapo, Reinhard Heydrich. Après la guerre, il est lavé de tout soupçon de collaboration et obtient même la croix de guerre et la Légion d’honneur. (Source Marie Vaton. Ces parfums aux odeurs d’extrême droite – Le Nouvel Observateur 2013.) Lien
A SUIVRE. Inventaire de la parfumerie azuréenne : la riviera italienne