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3.1 Fragrances 4: Fleurs en fête

Citer la publication : CASTELLANA R. 2003. Floriculture, parfumerie et fêtes agraires sur la Riviera franco-italienne (statut : recherches en cours). Lien

Abstract. Nous travaillons depuis les années 2000, au travers d’enquêtes de terrain et de recherches bibliographiques, à rassembler des documents issus du folklore et des traditions populaires de trois régions voisines mais fortement différenciées, Ligurie, Provence et Piémont. Il concerne les fêtes agraires, qui connaissent de nos jours un grand engouement sur la Côte d’Azur et sur la Riviera italienne, avec les batailles des fleurs liées aux industries locales du tourisme, de la floriculture et de la parfumerie, et les fêtes plus traditionnelles liées au calendrier religieux, lesquelles constituent ici une véritable symphonie végétale, où les églises se parent de fleurs et de riches compositions florales.Ce projet de recherche possède une dimension sociologique relative à l’évolution contemporaine de ce revival des pratiques festives. Les fêtes traditionnelles se métamorphosent en effet sous nos yeux. Elles deviennent à la fois un produit touristique ou un élément du “patrimoine”, un document humain pour érudits et historiens ou l’enjeu de manifestations aux connotations « régionalistes ». Dans le cadre de ce « théâtre de la mémoire », qui met en scène les rapports de la modernité et de la tradition, la fête semble tenir un rôle central. Parallèlement à l’évolution des pratiques festives, nous assistons aussi à une réinterprétation identitaire et réductrice de ses significations.

Sommaire
1.Saintes espèces et passions végétales
2.Fêtes agraires et traditions populaires
3.Fêtes modernes et revival touristique
4.Bibliographie

1. SAINTES ESPECES ET PASSIONS VEGETALES 

Le registre des traditions populaires a joué un rôle certain dans le développement de la floriculture, au début du 19ème siècle, dans des régions qui connaissaient une longue histoire d’acclimatation. L’ethnologie nous apprend à ce propos que les plantes tiennent une grande place dans les rituels religieux de toutes les sociétés. Il s’agit bien souvent de pratiques magiques destinées à se prémunir contre les aléas du climat ou les maladies, et à s’assurer de  l’abondance des récoltes. Mais ces rituels possèdent une autre dimension. Dans le cycle d’une plante existent en effet des moments privilégiés, germination, floraison ou fructification, qui coïncident avec les dates des commémorations religieuses. Le calendrier agricole peut de ce point de vue être mis en étroite relation avec le calendrier festif, bien que les cycles des plantes ne possèdent pas la rigueur des cycles astronomiques, étant soumis à des variations notables. Une plante peut ainsi incarner l’âme d’une fête. Il s’agit aussi de célébrations festives et conviviales, à l’époque des moissons ou des vendanges, qui visent à renforcer le lien social et procéder à la redistribution des richesses. Sacré ou profane? Les usages rituels et festifs des plantes reflètent la diversité du syncrétisme festif chrétien de tradition populaire.

Les fêtes de la Semaine sainte. La mise à mort rituelle et la résurrection d’un « dieu », royauté éphémère ou « esprit de la végétation » est au cœur des thèses de l’ethnologie et des grandes religions comme le Bouddhisme ou le Christianisme. Ce rituel d’un grand universalisme est généralement un rituel agraire, la “mise à mort” d’une plante ou d’un masque végétal. Mais c’est aussi un rite shamanique, issu des anciennes sociétés de chasseurs où l’on cherche ainsi à s’assurer la pérennité du gibier. De la préhistoire à nos jours un même schéma semblerait donc gouverner l’histoire des religions. Nous nous intéressons plus particulièrement à ce sujet aux fêtes de Pâques qui célèbrent la mise à mort et la résurrection du Christ.
Le blé germé des sépulcres. Peu avant ces fêtes, on met des grains de blé à germer dans les caves, à l’abri de la lumière. Ils prendront une couleur blanche qui souligne le caractère dramatique de la Passion du Christ, laquelle se déroule loin du jour, dans la lumière tamisée des « sépulcres ».
Le Dies palmarum. Les fêtes proprement dites débutent avec les rameaux tressés du Dimanche des Rameaux, une coutume médiévale qui se retrouve dans toute l’Europe. Dans le Sud de la France, en Italie, Grèce, Moyen-Orient et en Espagne, ces rameaux sont composés de feuilles de palmier tressées.
Les musiques végétales. « Et voilà que le rideau du sanctuaire se fendit en deux, la terre fut secouée, les roches se fendirent, les tombeaux s’ouvrirent. » (Evangile de Matthieu, XXVII, 51-52). C’est dans ces termes “apocalyptiques” que l’Evangile décrit la mort du Christ; une scène de fin du monde célébrée le Vendredi Saint au travers de l’emploi d’instruments végétaux qui donnaient lieu à un charivari indescriptible. Une musique qui est aussi une musique du silence, puisque c’est l’époque où l’on attache les cloches des églises en signe de deuil. On utilise alors ces instruments de musique pour appeler aux offices.
La sainte couronne d’épines. L’évangile de Jean rapporte quant à lui que, dans la nuit du Jeudi au Vendredi saint, les soldats romains parodièrent la Royauté du Christ en le revêtant d’une robe de couleur pourpre, d’un bâton en guide de sceptre et d’une couronne garnie d’épines. «Alors Pilate prit Jésus, et le fit battre de verges. Les soldats tressèrent une couronne d’épines qu’ils posèrent sur sa tête, et ils le revêtirent d’un manteau de pourpre» (Évangile de Jean, 19:1 et 2).
Les fleurs du Corpus domini. Venant clore le temps pascal, les processions du Corpus domini voient les rues se couvrir d’un éphémère tapis floral, qui culmine avec les Infiorata de la Ligurie italienne, à l’image des églises d’Orient où le corps du Christ mort est représenté par un lit de pétales de fleurs, l’Epitafios.
L’arbre de la Croix. Le moyen-âge s’est longuement interrogé sur l’origine du bois de la Croix. La tradition a retenu quatre arbres, correspondant aux quatre parties de la croix, le cyprès pour le patibulum (la partie transversale), le cèdre pour le stipes (la partie verticale), l’olivier pour le titulus (la tablette portant l’inscription) et le palmier pour le suppedaneum (la traverse où reposent les pieds).
L’olivier et les huiles chrismales. Trois huiles dites saintes ou chrismales sont employées dans la liturgie chrétienne: *l’huile des exorcismes ou des catéchumènes (oleum catechumenorum ou oleum sanctum), *l’huile des infirmes ou des malades (oleum infirmorum), *le saint chrême (sanctum chrisma) dit aussi Myron, pour l’onction lors du baptême, de la confirmation, de l’ordination. Ces huiles sont consacrées lors de la messe chrismale de la semaine sainte.
Marie Madeleine & les parfums. Quatre récits liés à la Passion du Christ évoquent une onction d’huiles parfumées, à Béthanie (dans la maison de Simon le lépreux pour Matthieu 26, 6-13 et pour Marc 14, 3-9, dans la maison de Marthe et Lazare pour Jean 12, 1 -10), ou encore chez Simon le Pharisien (sans indication du lieu pour Luc 7, 36-50). Et enfin la mention de Marie Madeleine (Magdala) qui assiste avec d’autres femmes à la mort du Christ (Matthieu 27, 55-56, Marc 15, 40-41 et Jean 19, 25), à son ensevelissement (Matthieu 27, 61 et Marc 15, 47) et la première aussi à rencontrer le ressuscité dans le jardin (Jean 20, 11-18). & (Luc 24, 10).

2. FÊTES AGRAIRES ET TRADITIONS POPULAIRES : ARTICLES A VENIR

Artilleurs & Artificiers : du blé de la Sainte-Barbe aux buchers festifs. De l’Antiquité au moyen âge, l’usage du feu comme unique moyen d’éclairage et de chauffage entraîna une crainte généralisée des incendies. Parmi les saints invoqués contre les méfaits dévastateurs du feu, sainte Barbe occupait alors une place prééminente. Mais que vient faire dans un culte réservé aux corporations du feu, la coutume populaire du blé de la Sainte-Barbe? Ces graines de blé (ou de lentilles), disposées dans une assiette ou sur des toiles enroulées autour d’une bouteille et mises à germer au jour de la fête.
Cordiers & Chanvriers : feux des Brandons & danses des fileuses. De nombreux témoignages mettent en relation les feux festifs carnavalesques avec le cycle des plantes textiles. La Chandeleur du début février en était le centre. Le cycle du chanvre, filé lors des longues soirées de l’hiver dessine ainsi une véritable « Passion » des plantes textiles. On le faisait tout d’abord pourrir dans des fosses remplies d’eau, avant d’en détacher les fibres. Mis à mort sous le signe de la putréfaction hivernale, le chanvre ressuscitait patiemment autour du feu de la veillée. Son histoire s’achevait avec sa “purification” dans les bûchers carnavalesques qui en détruisaient les déchets inutilisables.
Confiseurs & Pâtissiers : la royauté de la fève. Des personnages populaires comme la Befana ou la Vieille de Carème sont des survivances de l’ancienne tradition de l’Épiphanie, et des fêtes médiévales des Fous, où se pratiquait l’élection d’une royauté festive, par tirage au sort au moyen de fèves, haricots, noix, ou pois noirs et blancs. Le sens profond des fêtes carnavalesques se dévoile ici en tant que fête des morts où l’on va retrouver toute une série de personnages représentant la fécondité; celle des femmes, mais aussi celle des animaux, et des plantes, au travers des déguisements et des rituels qui les mettent en scène. L’exécution du Carnaval, roi grotesque et dérisoire, personnification de l’abondance des biens y apparaît comme l’exorcisme du spectre angoissant d’une fécondité liée aux âmes des défunts.
Saint Jean d’Eté/Saint Jean d’Hiver : plantes solsticielles et solaires. Saint Jean Baptiste, dit le « précurseur » vivait en ascète dans le désert, règne du feu solaire, où il passait pour le Messie. On lui attribue l’invention de la cérémonie du Baptême: baptême par l’eau, annonçant le baptême par le feu qui sera administré par le Christ. Mais le Baptiste possède aussi un homonyme, un “doublet”, saint Jean dit l’Évangéliste qui est célébré le 21 décembre. Ainsi, comme le Janus antique aux deux visages, les deux saints Jean, placés aux « portes » solsticielles se partagent-ils l’année dans le calendrier chrétien. Ces fêtes religieuses s’accompagnaient d’un riche savoir-faire relatif aux herbes médicinales et à divers usages rituels des plantes.

3. FÊTES MODERNES ET REVIVAL TOURISTIQUE 

A un climat propice à la culture des fleurs, vint s’ajouter sur la Riviera l’impulsion de la villégiature touristique. Ce secteur économique a perduré jusqu’à nos jours, laissant une empreinte durable sur la société et sur le paysage. Il est à présent menacé, avec la mondialisation de l’économie, par une forte concurrence étrangère. Une grande partie du littoral azuréen est concernée par ces développements, et plus particulièrement les territoires franco-italiens appelés Riviera des Fleurs (Riviera dei Fiori). Issues des développements du tourisme et de la floriculture, les principales fêtes florales modernes de la Côte d’Azur et de la Riviera italienne sont actuellement les batailles des fleurs niçoises qui bénéficient du phénomène Carnaval comme la fête du mimosa à Mandelieu, les fêtes de la violette à Tourettes ou de la lavande à Sainte-Agnès et à Taggia, ou encore des expositions horticoles comme Expo Rose à Grasse, les Floralies à Cagnes, etc. La floriculture a aussi donné naissance à une tradition largement diffusée depuis, celle des fêtes de la Toussaint, lorsque les cimetières sont abondamment fleuris avec des productions nécessitant des cultures sous-serres.A suivre

4. BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE 

FAO SD (ca 2000). Stratégie et politique agricole. La filière floriculture. République Libanaise. Ministère de l’agriculture, 18p. 

BAUDEQUIN MAISONNEUVE Sylvie 1996. Présence des fleurs en pays grassois. In: Recherches régionales Côte d’Azur et contrées limitrophes, 1996, vol. 37, no4, pp. 87-96. 

CANI Yvette 1970. La floriculture sanrémoise. In: Méditerranée, Nouvelle série, 1e année, N°1, pp. 51-82. Linkpersee.fr

PUCCINI Giuliano 1971. Passato, presente e futuro della floricoltura italiana. In : CIHEAM, 1971/12. p. 40-46. (Options Méditerranéennes ; n. 10). 

MIEGE Jean 1977. Les cultures peuplantes en Provence orientale et Côte d’Azur. In: Norois. N°95 ter, 1977. pp. 159-177. Link: persee.fr 

JEAN Casimir et alii 1937. Statistique agricole de la France. Annexe à l’enquête de 1929. In: Monographie agricole du département des Alpes Maritimes. Paris, Min. de l’Agriculture, 1937 (75-285). Link: gallica.bnf 

FONCIN Myriem 1916. La culture et le commerce des fleurs et primeurs sur la Côte d’Azur, de Toulon à Menton. In: Annales de Géographie. 1916, t. 25, n°136. pp. 241-262. Link: persee.fr

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