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5.3 Exotisme & Paysages

Guide Langlois 1883Ill. Guide Langlois 1883
L’invention du paysage (recherches en cours). Un paysage n’est pas une réalité immuable, ni un fait évident. Sa perception est conditionnée historiquement et culturellement, à la fois comme objet de représentations et comme cadre de vie et de références existentielles. Au cours des dernières décennies, notre perception des paysages naturels a ainsi changé en profondeur sous des influences diverses. Ces évolutions constituent l’aboutissement d’un long processus, initié dès la Renaissance italienne, lorsque les peintres inventent les premières représentations paysagères. Ces représentations connaissent un profond renouveau avec l’apparition des premières destinations touristiques méditerranéennes. L’imagerie qui prend forme alors signe en effet la naissance d’un véritable exotisme végétal. Elle est diffusée par les descriptions romantiques des écrivains, des poètes et des voyageurs, relayées par les œuvres raffinées des peintres et des graveurs qui illustrent ces ouvrages. Dès la fin du XIXème siècle, l’invention de la photographie permet une diffusion massive des images, plus particulièrement avec l’apparition de la carte postale.
 
Menton affiche PLMIll. Affiche touristique des Chemins de Fer Paris Lyon Méditerranée: la station de villégiature de Menton (French Riviera) par Tanconville.
Les plantes exotiques acclimatées dans ces régions, et dans une moindre part la végétation autochtone, occupent une place éminente dans cette imagerie. Depuis cette époque, l’image dialogue en permanence avec le paysage. L’exotisme végétal peut s’appréhender de 2 manières différentes, à partir des thèmes qu’il aborde ou de celui des médias qu’il utilise. Les thématiques exotisantes se déclinent ainsi en termes de variétés botaniques. Les principaux supports médiatiques sont les affiches et les guides touristiques, ainsi que les cartes postales. Les peintres, et notamment les artistes phares de la modernité, ont eux aussi contribué de manière durable à l’intérêt porté à ce renouveau des représentations.

Une plante emblématique : le palmier. La célèbre Promenade des Anglais (peinte ici par Dufy) date de 1822, mais ce n’est qu’à partir de 1863 qu’elle est plantée en palmiers.Le front de mer de Cannes, est aménagé à la même époque avec millier d’arbres dont la moitié en dattiers. C’est aussi à partir de 1865, que la municipalité d’Hyères adopte  le palmier en arbre d’alignement, allant jusqu’à rebaptiser la ville «Hyères-les-Palmiers».Le front de mer de la station italienne de Sanremo est lui aussi planté de palmiers en 1874, suite au financement accordé à ce propos par la tsarine russe qui y séjourne à cette époque.

Un modèle fragile et provisoire. « Dans le cas azuréen, l’ensemble cosmopolite des plantes décoratives participe à un système sémiologique qui exprime une économie d’orientation touristique. L’élément indispensable dans cet ensemble, le palmier, est devenu au XXème siècle un emblème du dépaysement en Europe. C’est le symbole du soleil et des «anti-frimas»…/… Etant donné la nouveauté relative du paysage pseudo-tropical dans le contexte historique, il ne faut pas tenir pour certaine sa permanence même si le tourisme continue à être le pilier de l’économie. L’homme ou la Nature conspire, chacun à sa manière, à remodeler l’état des choses. Les écarts météorologiques pourraient avoir un effet dévastateur, ainsi que les péripéties de la mode paysagiste qui peuvent à tout instant remettre en cause celle qui est actuellement en vogue. » [GADE 1987] Lien

Robert Castellana 2017. « Palm-Art & Mondialisation » : rétrospective commentée.  « La question des relations qu’entretiennent l’art et la science se pose de façon singulière dès que l’on s’intéresse au paysage. Ce dernier étant un objet hybride, fait de nature et de culture …/… loin d’en appeler à une simple articulation de l’art et de la science, ou au dépassement de cette opposition …/… le paysage nous met au défi de repenser l’organisation des sciences relatives au paysage et, au-delà, la configuration des champs du savoir héritée du XIXe siècle. » (Catherine Chomarat-Ruiz 2010). Quelques éléments de réflexion partagée ici, à propos des paysages de la villégiature touristique revisités par l’art contemporain à l’heure de la mondialisation, comme ci-dessus Anselm Kiefer Maison VII Palmsonntag. Lien

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