Les groupes humains ne sont pas uniquement rattachés à leur lieu de résidence, mais à l’ensemble géographique plus vaste des espaces avec lesquels ils sont en relation. Ces interactions spatiales complexes reposent sur des facteurs objectifs, basés essentiellement sur la complémentarité économique, mais aussi sur des représentations subjectives qui relèvent de l’ostentation, voire de la cosmologie. La ville est de ce point de vue un espace social central, produit par ces mêmes groupes humains au travers des pratiques et des institutions qui l’organisent et la mettent en valeur. Ses principales fonctions relèvent de l’habitat, des échanges commerciaux et culturels, de la cohésion sociale notamment militaire ou religieuse, ou encore du partage et de l’exploitation administrative des ressources. Pour l’anthropologie, la ville (et plus particulièrement peut-être la ville méditerranéenne) est donc une scène, où se laissent appréhender les stratégies des acteurs et les idéologies et les croyances dont ils se réclament.
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Prospect & Ostentation. La ville ne se laisse pas réduire à ses seules fonctions économiques. Elle est aussi de longue date, dans le monde méditerranéen, un espace doté d’une forte valeur symbolique. Les temples et les palais sont au centre de l’urbanisme antique, et ils le resteront dans le monde médiéval jusqu’à nos jours. Cette fonction d’ostentation donnera naissance dès le moyen-âge à Rome, aux prémisses de la notion moderne de patrimoine. Sous l’impulsion du tourisme, le marquage patrimonial de l’espace urbain est devenu de nos jours un élément fondamental de l’urbanisme.
Friches & Périphéries. Dans sa fonction d’organisation de l’espace social, la ville peut se décrire comme un ensemble de cercles concentriques. Il s’agit en quelque sorte d’un modèle gravitaire doté d’un (ou plusieurs) centre, qui polarise les activités et hiérarchise les flux, et de frontières qui définissent des discontinuités socio-spatiales. Dans le monde méditerranéen traditionnel, les périphéries abritent des populations liées à des corporations particulières, comme les pêcheurs ou les tanneurs et les potiers.
Essai de sémiologie du commerce méditerranéen. Espace privé ayant pour vocation d’être ouvert au public, le commerce représente l’un des principaux lieux de transition entre ces deux sphères centrales de la vie sociale. Le voyageur qui parcourt les grandes métropoles méditerranéennes ne peut manquer d’être frappé par l’omniprésence du commerce. Il offre un étonnant mélange de boutiques et de produits, qui vont de l’artisanat traditionnel au commerce de trottoir et à l’hypermarché moderne en passant par l’industrie. Si la dimension urbaine du commerce remonte à une haute antiquité, ses formes modernes impactent désormais les sociétés contemporaines dans le contexte de la mondialisation. Ces évolutions ont conduit à la naissance d’une nouvelle culture entrepreneuriale concernant des identités professionnelles très diverses. Le commerce moderne recouvre en effet des activités aussi variées que le négoce proprement dit, l’artisanat et certaines productions industrielles, les foires et marchés et la vente ambulante en général, ou encore la vente dite de gros, demi-gros et détail, la banque, etc. Au cours d’une vingtaine d’années d’observations des commerces et de leurs évolutions dans plusieurs grandes villes méditerranéennes, nous avons pu relever quelques-unes de leurs principales caractéristiques. Nombre d’entre elles attestent d’un réel universalisme, car le commerce est par définition une institution sociale de dimension internationale qui impacte fortement les modèles urbanistiques nationaux. Nous nous interrogeons ici sur la place que la mondialisation du commerce occupe dans l’héritage historique de nos sociétés. Les identités locales ou régionales relèvent de l’ensemble des espaces avec lesquels les communautés concernées sont en relation. En ce qui concerne les sociétés méditerranéennes, qui sont de longue date des civilisations urbaines, l’espace urbain représente l’un de ces espaces majeurs d’interactions. Ces interactions reposent notamment sur des représentations relevant de l’ostentation. La ville méditerranéenne est ainsi une scène, où se laissent appréhender les stratégies des acteurs et les idéologies et les croyances dont ils se réclament. L’analyse de leurs évolutions récentes met aussi en évidence la permanence du commerce comme marqueur de l’espace vécu. Au travers de leur présence visuelle dans l’espace public, les commerces jouent ainsi un rôle central dans l’identité de l’espace urbain. Offrant un mélange de mots et d’images, voire d’objets, les façades des commerces forment en effet un langage original qui ponctue l’espace de la ville et en différencie les quartiers. La présence de commerces joue ainsi un rôle de différenciation sociologique entre banlieues résidentielles et zones agricoles (dont ils sont absents), et les espaces urbains (villes et villages ainsi que zones commerciales). Leur présence entraîne en effet des formes spécifiques de sociabilité, de quartier au niveau des commerces de première nécessité mais aussi un marquage de type identitaire, patrimonial et communautaire au niveau des centres villes et plus récemment des zones commerciales situées en périphérie.